Stratégie & management

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La RSE : les enjeux du développement durable au cœur des entreprises...

« Une vision qui ne s’accompagne pas d’actions n’est qu’un rêve. Une action qui ne découle pas d’une vision c’est du temps perdu. Une vision suivie d’action peut changer le monde. » Nelson Mandela

Nous entendons tous parler depuis déjà de longues années de développement durable, de la nécessité de protéger l’environnement, de Grenelle de l’Environnement, de la protection nécessaire des populations et des consommateurs contre les excès de l’homme : les messages, relayés par les médias, les gouvernements, se sont vus depuis repris, utilisés dans les communications publicitaires de certaines entreprises, qui surfent sur la vague verte pour se construire une image de responsabilité. On entend aujourd’hui parler de plus en plus de RSE, et pour le néophyte, les concepts sont souvent opaques, et plus du ressort du marketing que d’un vrai changement profitable à tous.

Alors qu’en est-il réellement ? Sommes-nous aux prémices d’un monde nouveau ? Nous berne-t-on avec ces belles idées ou sont-elles porteuses de sens ?
Pour démêler l’écheveau, et bien comprendre les enjeux, il faut revenir 40 ans en arrière...

Au début de l’ère industrielle, l’homme se soucie bien peu des impacts de son développement : il cherche avant tout le progrès, et pour bénéficier au plus grand nombre, la production de masse bat son plein.

La première prise de conscience mondiale a lieu en juin 1972 avec le 1er Sommet de la Terre à Stockholm (et encore, puisque le bloc communiste n’y est pas partie prenante...).
Quelques décisions sont arrêtées, par exemple pour limiter les rejets de pétrole en mer ou la chasse à la baleine. C’est le début de la protection de l’environnement, de nombreux états créent d’ailleurs à sa suite un ministère de l’environnement, et quelques textes internationaux sont signés dans les années qui suivent : la convention de Washington (pour la protection de certaines espèces menacées d’extinction) ou la convention de Bâle (pour les déchets dangereux).

Le rapport Brundtland, remis en 1987 aux Nations-Unies, vient accélérer les prises de conscience, aidé par deux catastrophes majeures, Bhopal en 1984 et Tchernobyl en 1986.

Les constats sont clairs :
 
  • L’homme vit au-dessus des moyens de la planète ;
  • Les besoins essentiels de tous ne sont pourtant pas satisfaits ;
  • Les hommes aspirent presque tous à une vie meilleure.


Quant aux solutions qu’il propose, elles sont pour le moins révolutionnaires.
Sont prônés des changements profonds dans les différents systèmes qui influencent la vie quotidienne des citoyens du Monde (politiques, économiques, sociaux, de production, internationaux et administratifs) ainsi que des comportements solidaires, responsables, éthiques, dans une économie « soutenable »…Le concept de Développement Durable vient de naître, et on lui attribue la définition suivante :
« Le Développement Durable est un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. »

Notons que ce concept, dans son étymologie d’origine, se traduit plutôt par « développement soutenable », de l’anglais « Sustainable Development ». La notion de « supportable sur le long terme » y apparaît sans doute plus forte.

Le Sommet de la Terre de Rio en 1992 constitue l’étape essentielle suivante :
toujours sous l’égide des Nations-Unies, 179 pays, 110 chefs d’états et de gouvernements et 1500 ONG s’engagent à mettre en œuvre et à appliquer au plan national, régional et local, l’Agenda 21, pour « Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. »

Plusieurs sommets internationaux vont suivre :
Kyoto en 1998, Johannesburg en 2002, Copenhague en 2009, qui, malgré des résultats plus ou moins positifs, prouveront au moins une volonté commune de gérer les problèmes environnementaux planétaires.

Mais revenons à l’Agenda 21, point de départ effectif du concept de Responsabilité Sociale de l’Entreprise.
L’agenda 21 engage à lui seul dès 1992 les Etats signataires sur 2500 actions de développement durable qui touchent le développement social et économique, la protection de l’environnement, la gestion des ressources, la participation de la société civile au processus de décision et les moyens de mise en œuvre d’un développement durable. C‘est également lui qui édicte les six principes de base dont se nourrissent nos politiques aujourd’hui : principes de précaution, de prévention, d’économie et de bonne gestion, de responsabilité, de participation et de solidarité.

Les trois piliers du développement durable sont clairement définis :
 

  • pilier économique,
  • pilier environnement,
  • pilier social


Chacun devant être pris en compte pour obtenir un développement harmonieux et pérenne. Cette association triptyque doit permettre d’atteindre une bonne gestion économique tout en garantissant la protection de l’environnement et le progrès social. (cf. représentation graphique du Ministère de l’Ecologie ci-dessous)

Triptyque du Ministère de l'Ecologie


Or les entreprises influencent nombre d’éléments qui auront eux-mêmes un impact considérable sur le développement durable.

Citons notamment parmi eux :
 

  • L’utilisation des ressources naturelles de la planète
  • Le développement des technologies
  • Les modes de production
  • Les modes de consommation
  • Les styles de vie


Leur responsabilité est donc importante dans leur manière d’exercer leur activité.

Et c’est cette prise en compte de tous les impacts de l’entreprise sur la planète qui constitue la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise.

L’Union Européenne donnera en 2001 dans son Livre Vert la définition suivante de la RSE :
« La responsabilité sociétale des entreprises est décrite comme l’intégration volontaire des préoccupations sociales et écologiques des entreprises à leurs activités commerciales et leurs relations avec les parties intéressées. Être socialement responsable, signifie non seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables mais aussi aller au-delà et investir davantage dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes……..C’est ainsi que s’ouvre une voie permettant de gérer le changement et de concilier le développement social et une compétitivité accrue

La responsabilité sociale de l’entreprise s’est donc élargie rapidement à une responsabilité sociétale, c’est-à-dire vis-à-vis de la société dans son ensemble. D’où la prise en compte des interactions de ses activités avec toutes les parties prenantes, internes ou externes à l’entreprise. Qui sont donc ces « parties prenantes » ? Ce sont toutes les personnes, physiques ou morales, (salariés, entreprises voisines, clients, fournisseurs, etc.) les collectivités territoriales, les associations, les représentations de l’Etat, qui sont en relation avec l’entreprise, de manière directe ou indirecte, du plan local jusqu’au plan international.

L’entreprise responsable anticipe donc les conséquences néfastes que ses activités peuvent avoir sur toutes ses parties prenantes et y remédie positivement. Elle apporte sa contribution au développement local, par exemple en coopérant ou participant à des programmes de formation avec des écoles, en recrutant prioritairement les candidats des localités voisines. Elle prête également attention aux conséquences de son activité sur l’environnement, en prenant soin que sa production ne soit pas polluante et en exploitant au minimum les ressources naturelles.

Quel programme !
On entrevoit aisément le champ d’action immense de la RSE et la contribution que toute entreprise, son dirigeant, ses équipes, peuvent apporter au développement durable. Il est impossible de fournir une liste exhaustive des actions potentielles, plusieurs pages n’y suffiraient pas, mais on peut par contre en citer quelques-unes pour mieux illustrer les pistes de réflexion :
 

  • Dans le cas d’une entreprise industrielle polluante, on peut par exemple commencer par faire établir son bilan carbone, c’est-à-dire faire procéder à l’évaluation des émissions de gaz à effet de serre générées par son activité. Ce diagnostic permet ensuite de déterminer des actions qui contribueront à la leur diminution progressive et durable.
  • D’autres peuvent s’engager dans la création de produits éco-conçus, qui réduiront leurs impacts sur l’environnement tout au long de leur cycle de vie.
  • Une société importatrice de produits prêtera, elle, plutôt attention à la manière dont ses fournisseurs étrangers gèrent les rejets ou les déchets liés à leur activité et respectent les conventions de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) sur l’interdiction du travail des enfants ou le droit à la représentation syndicale.
  • Une entreprise peut aussi tout simplement (tout simplement, vraiment ?...) s’engager à plus de transparence avec ses clients ou ses fournisseurs, à prendre en compte leurs besoins ou leurs problématiques, pour créer des relations d’affaires plus harmonieuses, plus justes, et donc plus pérennes.


Ce ne sont que quelques exemples, mais on voit bien que quelle que soit l’action engagée, elle apporte du mieux à d’autres, qu’ils soient nos voisins, nos collègues, nos partenaires, nos clients, nos fournisseurs, et ceci au plan local, national ou international. Nous travaillons alors quotidiennement en donnant du sens à nos actions, avec de vraies valeurs à la clé.

Les conséquences positives de la RSE au sein de l’entreprise sont nombreuses.
Elle contribue à améliorer la cohésion des équipes au sein de l’entreprise, renforce leur motivation et leur fierté d’appartenance. Elle devient en outre un levier de performance écologique, économique et social. Les entreprises qui ont déjà entamé cette révolution douce s’en rendent compte. Le climat interne se détend, on note plus de confiance envers les managers, l’image de l’entreprise s’améliore à l’extérieur, et finalement les performances économiques progressent.

Mais ne nous y trompons pas : Un projet RSE n’a de sens dans une entreprise que si son dirigeant est personnellement convaincu par le concept du développement durable. C’est à cette condition que le projet ne pourra jamais être taxé de « greenwashing » et obtiendra l’adhésion des équipes et des parties prenantes. De plus, pour être efficace et durable, le changement doit être progressif, pensé en harmonie avec l’activité et le développement de l’entreprise, et finalement être inscrit dans la stratégie de l’entreprise et dans son plan d’action à moyen terme.

Mais comment faire pour initier un tel projet ?
Avant toute chose, il faut savoir de quoi l’on parle : il est donc conseillé de commencer par faire former quelques salariés qui se sentent concernés par la RSE, en prenant soin d’inclure toutes les catégories d’employés. Puis on peut effectuer un diagnostic RSE rapide qui donnera des pistes d’actions judicieuses pour démarrer, et faire travailler un ou plusieurs groupes de salariés (suivant la taille de l’entreprise), à l’élaboration et la proposition d’un plan d’action. Il restera alors au dirigeant à valider l’opportunité de ces propositions sur le plan stratégique et financier, puis à mettre en œuvre ce plan d’action, en distribuant rôles et objectifs au sein de l’entreprise, et à s’assurer du suivi des résultats. C’est simple, à la portée de tous, TPE, PME, PMI, tout dirigeant responsable peut s’engager sur un tel projet.

Gandhi, grand humaniste, donnait le conseil suivant :
« Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous. »
Il disait aussi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans ce monde ».
A bien y réfléchir, oui, le changement est à portée de main, à condition que nous soyons, chacun, acteur volontaire de ce changement, et non spectateur attentiste.

A l’heure où l’on entend parler de stress au travail, on entend aussi parler de plus en plus de quête de sens. Le moment est donc propice pour engager des changements qui seront profitables à tous. Nombreux sont ceux, quel que soit leur rôle dans l’entreprise, qui ont besoin de se sentir partie intégrante d’un projet collectif, fédérateur et responsable.
Et c’est en cela que le concept de Responsabilité Sociétale de l’Entreprise redonne du sens à l’entreprise, et de la fierté d’appartenance à ses équipes.

Muriel Legendre

« L’entreprise verte », d’Elisabeth LAVILLE - Pearson Education France - 2002

 

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