Stratégie & management

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Les technologies pour l’entreprise à surveiller en 2014

Entre le moment où une technologie apparaît et celui où elle entre dans l’entreprise, il se passe souvent un certain temps.
Pourtant, pour ne pas être dépassé sur ses marchés ou rater des opportunités d’innovation et de croissance, il devient vital pour les dirigeants de regarder les technologiques à intégrer dès maintenant et celles, émergentes, à suivre de très très près…
Intégrer des technologies émergentes dans l'entreprise est souvent une tâche ardue : vision stratégique et complexité, assignation des ressources, renforcement des compétences, gestion du risque, management du changement, investissements et retours sur investissement…
Mais le rythme d’innovation imposé par les industries technologiques, les nombreuses possibilités qu’elles offrent ne laissent plus le choix aux entreprises face aux risques de laisser se développer un trop grand écart technologique avec des concurrents.
D’où cette question importante : quelles technologies nouvelles vont modifier les process, l’organisation en entreprise ? sur les marchés ? Quelles sont celles, matures, à intégrer dès maintenant ?

 

Technologies de "rupture" ou "d’accélération" :



Le cabinet Deloitte identifie et détaille dans « Inspiring Disrution », son étude Tech Trends 2014, deux grands groupes de tendances technologiques(1) :
 
  • les disruptors, les tendances de rupture, susceptibles d’avoir un impact positif et de long terme sur les capacités informatiques, les processus métiers et parfois même sur les modèles de fonctionnement de l’entreprise.
     
  • les enablers, les tendances accélératrices dans lesquelles les entreprises ont déjà investi du temps et des moyens, mais réexaminées en raison de certaines évolutions ou de l’émergence de nouveaux débouchés possibles(1).

Les technologies à suivre

Anticiper ces tendances devient crucial pour le dirigeant parce que ces évolutions technologiques :
  • peuvent « perturber » ou transformer profondément leurs marchés
  • changent fondamentalement et rapidement les modèles et la manière de faire des affaires
  • influent sur la façon de travailler au sein de l'économie numérique d’aujourd’hui (en réseau, ouverte et participative)
  • transforment les processus de l’entreprise et des organisations
  • définissent de plus en plus les valeurs et la façon dont les entreprises s'engagent.

 

Les technologies et tendances à surveiller :



Dans le délicat exercice de la sélection, certaines technologies très prometteuses se détachent nettement :

Les imprimantes 3D :
La numérisation et l'impression 3D vont transformer fondamentalement les chaînes d'approvisionnement avec la création de nouvelles manières de concevoir des prototypes, des petites séries et/ou des objets de haute qualité.
Pour de nombreuses industries, l’impression 3D va déplacer la création de valeur ajoutée de la production vers la conception et ouvrir de nouveaux champs d’applications.
En savoir plus sur le lien entre impression 3D et plastique

L’internet des objets (ou objets connectés ou IoT) :
Cette technologie consiste à intégrer des systèmes et capteurs dans des machines ou des produits afin qu’ils soient capables de communiquer.
Elle se développe déjà fortement dans les wearables (technologie embarquée sur le corps humain) et crée de nouveaux débouchés.
Un récent rapport de McKinsey & Company intitulé « Disruptive technologies : Advances that will transform life, business, and the global economy » estime que d'ici à 2025 le marché de l'Internet des Objets et son impact économique pourraient atteindre 5 à 7 milliards de dollars.
Très rapidement, l'Internet des Objets va transformer le paysage industriel mondial et affecter l'ensemble de la chaîne de valeur et des facteurs de production : travail, capital, approvisionnement, énergie et orchestration de l’information. Il va impacter fortement les processus de fabrication des produits.

Il transforme déjà les façons de travailler, la prise de décisions ou les manières d’impliquer collaborateurs, clients et partenaires…
Pour les industriels, cela signifie la prise en compte de nouvelles problématiques liées à :
  • la mise en réseau
  • la création d’application et de logiciels spécialisés
  • la création de nouveaux services associés (comme c’est déjà le cas dans le secteur des dispositifs médicaux)

Le glissement de la création de valeur ajoutée de la fabrication, à proprement parler, aux services va engendrer de nouveaux modèles économiques :
"En conciliant les phases initiales de la conception technique, les processus de production en atelier et l'organisation du service après-vente, les fabricants peuvent réduire les erreurs, gagner en flexibilité dans leur manière de gérer les modifications techniques tardives, réduire les processus en cours et, enfin, accélérer l'introduction de nouveaux produits supposément rentables. (…)
Les produits intelligents et connectés récupèrent des données en temps réel qui permettent d'optimiser leur gestion et leur maintenance. Être en mesure de gérer un produit après sa vente revient à créer un "
cordon ombilical numérique" qui offre aux fabricants une visibilité leur permettant d'interagir à distance avec les produits et ce où qu'ils soient." (2)

Industrialized Crowdsourcing - le recours à l’externalisation de masse :
Le recours à l’intelligence collective permet de mettre rapidement et massivement à contribution des ressources compétentes en dehors du cadre professionnel traditionnel. Grâce aux "technologies 2.0", les entreprises peuvent mobiliser la connaissance, la créativité et le savoir-faire de tous.
Cette externalisation distribuée à grande échelle (communautés numériques et plateformes de collaboration de masse) peut permettre de répondre aussi bien à des besoins simples de collecte de données qu’à des besoins d’innovation complexes. On voit aussi apparaître dans l’industrie des co-créations de produits.

Les applications mobiles :
Une nouvelle vague d'applications d'entreprise, repensées autour des avantages de la mobilité et la prise en compte de capteurs comme le GPS et NFC (communication sans-fil à courte portée) est en train de révolutionner la présence terrain des industries, de leurs équipes commerciales.
Elle favorise d’autres modes d’organisation plus agiles comme le télétravail et vont permettre la mise en place là aussi de nouveaux services en lien avec les objets connectés.

X-as-a-Service (XaaS) et cloud computing :
Cette appellation XaaS regroupe en réalité un ensemble d’applications disponibles en tant que services via Internet : PaaS (Platform as a Service), IaaS (Infrastructure as a Service), SaaS (Software as a Service)... Elle est le fruit de la forte croissance de ce type d’applications qui s’incarnent dans ce qu’on nomme communément le cloud computing.
Cette nouvelle génération de services "cloud" préfigure ce que va devenir l’orchestration des données dans l’industrie et leur management par les Directions des Systèmes d’Information (DSI). La construction de ce socle est essentielle pour intégrer les services innovants de demain (ceux liés à l’internet des objets par exemple).

Intégration de l’expérience client / utilisateur (Digital Engagement) :
Avec le tournant du digital, le parcours client s’est complexifié et ne peut plus être pensé uniquement en silo ou sur une opposition "réel / virtuel". Il est désormais transverse, multicanal et multi-expérience (lieu physique, web, mobile, etc.). Les entreprises vont devoir adopter des technologies qui permettent de suivre et de gérer tous les points de contact du parcours utilisateur.
En outre, la relation client ou utilisateur doivent être repensée en faveur d’un engagement plus grand : fournir à ses utilisateurs une expérience de navigation de qualité, des contenus aboutis, cohérents, pertinents et personnalisés. En retour, l’entreprise capte plus d’informations sur ses utilisateurs, affine leur profil, personnalise les offres…

Les Big Data :
La révolution liée à la donnée commence juste mais, déjà, 2014 s’annonce comme  l'année des systèmes d'analyse des données informatiques en grande quantité. "Le poids des technologies et services liés à l'analyse et l'exploitation des données en grandes quantités en temps réel atteindra 16,9 milliards au niveau mondial en 2015, alors que ce marché ne dépassait pas 3,2 milliards de dollars en 2010" (3).
Bien au-delà de la seule notion de volume, les Big Data ouvrent des opportunités pour l’analyse à des fins marketing, de prédiction ou d'optimisation opérationnelle. Des industriels comme Airbus avec son projet BD4EV (big data pour essais en vol) ont franchi le cap dans le but d'améliorer ses prototypes en utilisant les 600 000 paramètres transmis en simultané par un A350 en test… (3). On pourrait citer également des constructeurs d'automobiles comme Audi...

Cognitive Analytics : améliorer la prise de décision grâce à la technologie
L’avènement de la data dans l’industrie, va induire l’omniprésence des données dans l’ensemble de ses processus industriels et de son organisation. En somme, tout ce qui est mesurable sera mesuré et nécessitera de plus grandes capacités et moyens d’analyse.
En s’inspirant de la cognition humaine, les systèmes d’aide à la décision ont fait d’énormes progrès et ouvrent de nombreuses perspectives pour l’entreprise : optimisation des processus, amélioration des techniques de gestion et de l'organisation, automatisation de certaines tâches pour gagner en efficience...
Ils conduisent chaque métier à une meilleure appréhension de leurs enjeux clés.
L’analyse cognitive donne aussi le moyen de tester des possibilités d’une manière originale et d’aborder des problèmes métier sous un angle analytique, plutôt que de s’en remettre à l’intuition seule.
 
L’entreprise sociale (en interne et en externe) :
A l’heure de l’intelligence économique, les entreprises ne peuvent plus faire l’économie du passage d’une écoute passive à un usage actif des réseaux sociaux et des outils issus de ces pratiques (comme les RSE - Réseaux Sociaux d'Entreprise)².

Au-delà de la simple veille, les entreprises doivent pouvoir tirer parti des réseaux sociaux pour :
  • s’organiser selon un mode collaboratif
  • structurer leur relation client autour de l’échange, l’engagement, la proactivité et l’interaction
  • influencer les perceptions externes auprès "d’ambassadeurs", de leaders d’opinion…

L’économie collaborative (crowdfunding) :
L’entreprise (startups, porteurs de projets ou autres) utilise des levées de fonds participatifs (plusieurs modèles coexistent) pour financer des projets, des produits, des créations de sociétés...
Ce nouveau mode de création de valeur pour le marché s’appuie sur les réseaux participatifs et des plateformes spécialisées (par exemple : Kickstarter, Ulule, Kisskissbankbank, Bulb in town, Reservoir Funds, Sponsume, Ecobole…).

Le poids du financement participatif est évalué à 1,6 milliard de dollars aux États-Unis et environ 945 millions d’euros en Europe. Il modifie et réinvente les modèles d'affaires traditionnels avec des modèles :
  • où les investisseurs sont aussi coproducteurs
  • qui permet également à une entreprise d'associer sa propre communauté à son développement
  • qui rendent possibles des créations par la "force de la foule"
  • qui permettent d'évaluer l'intérêt du grand public pour le projet d'une entreprise, son image, ses produits et services
  • qui révolutionnent la gouvernance d’entreprise et permettent d’envisager le financement de filières entres elles…

La plupart des organisations et des industries ont donc fort à faire pour appréhender les changements technologiques qui s’annoncent. En premier lieu, l’ensemble des bouleversements induits par le numérique(4) qui touchent désormais l’ensemble des secteurs.
Force est de constater que ces mutations sont de vrais défis à relever pour les industries et les entreprises : à la fois opportunités d’innover mais aussi risque de voir des pans sectoriels entiers mis en retraite anticipée.

Parallèlement à la mise en œuvre des aspects techniques, c’est l’organisation même des entreprises, des industries qui doit profondément se transformer, s’adapter, afin de récolter toutes les promesses de ce que l’on appelle "les entreprises et industries de prochaine génération".

Yannick HAON
 

(1) « Inspiring Disruption », l’étude Tech Trends 2014 de Deloitte : tendances et leur évolution qui illustrent le fort potentiel des technologies dans la transformation des modes de travail, des modèles économiques et des industries, in Influenci.net.
(2) "Comment l'Internet des Objets va révolutionner la production industrielle et l'engagement des clients" - Pascal Montangon, Technical Sales Manager chez PTC France
(3) Le marché du « big data », nouveau graal de l'informatique, Le Figaro
(4) "Le numérique, c'est de l'industrie lourde", assure Yves Tyrode, le Directeur général de Voyages-sncf.com
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