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25 avril 2019

Enjeux contraintes et perspectives du recyclage

Geboplast est une société de services pour les transformateurs de matières plastiques. L’entreprise est passée du broyage de déchets plastiques post-industriels pour quelques clients en 1977 à la granulation puis à la préparation de matières régénérées pour ses clients.

Interview de Nicolas HOCHART - Directeur Général de GéboPlast (67) - Administrateur d’Allizé-Plasturgie Grand Est et d’Allizé-Plasturgie - Administrateur Plastique Fédérec - Administrateur du Syndicat National des Régénérateurs de matières Plastiques

L’économie circulaire est maintenant dans tous les débats publics. Pouvez-vous me dire quels sont les grands enjeux du métier de régénérateur ?

Les régénateurs sont au service d’une économie circulaire française sobre en carbone, avec des produits aux performances environnementales prouvées et responsables. Nos activités sont créatrices d’emplois non délocalisables, il est essentiel pour nous d’intervenir dans des zones proches de nos fournisseurs. C’est un réel point fort. Les enjeux pour le métier de régénérateur sont clairement de poursuivre les efforts des pouvoirs publics pour développer un environnement favorable au recyclage. Plusieurs outils existent comme la FREC (Feuille de Route Economie Circulaire), mais nécessitent des dispositifs qui visent l’augmentation de la collecte et du tri de gisements ou de produits-déchets recyclables.

Pour moi, il y a deux points clés essentiels et structurants de notre filière. Tous les produits -déchets collectés en France doivent être recyclés en France et il est essentiel de favoriser l’utilisation des matières premières recyclées le plus largement possible.

Pour utiliser davantage de matières recyclées, il faut disposer de gisements. Quelles sont les principales difficultés d’approvisionnement pour un recycleur de matières plastiques ?

Géboplast, depuis sa création, traite exclusivement des déchets post-industriels. Ce choix s’explique par la volonté initiale de travailler localement, avec des entreprises voisines, ce qui permettait de traiter des produits à recycler propres. Il est important de garder à l’esprit que nos fournisseurs n’ont pas pour vocation de générer plus de déchets, bien au contraire puisque non seulement ils doivent limiter le plus possible leurs déchets mais surtout augmenter leurs rendements. Dans un tel contexte, pour augmenter nos volumes d’approvisionnement en déchets à régénérer, nous devons soit nous appuyer sur des fournisseurs qui produisent davantage ou sur une collecte géographiquement plus étendue.

Aujourd’hui, pour nos fournisseurs, les déchets sont passés d’une logique de poste de coût à poste de profits. Avant, il était question de se débarrasser de ses déchets. Aujourd’hui, nos fournisseurs en font commerce. Ce qui a également beaucoup évolué, c’est la part du transport qui est beaucoup plus importante. C’est avant tout pour cette raison que la zone de chalandise des produits collectés s’est naturellement limitée. Par contre, concernant la vente de granulés, il n’y a pas de difficultés à assurer des livraisons même au-delà des frontières.

Quels sont les moyens mis en place par votre entreprise pour assurer un niveau de qualité de la matière recyclée ?

Géboplast produit des matières premières sur mesure par rapport aux cahiers des charges de ses clients. Lors de la validation de l’homologation de nos produits par nos clients, nous validons une recette, une formulation qui correspond à un mélange de produits issus de différents fournisseurs, ce qui permet de ne pas être tributaire d’un seul fournisseur. En cas de problème avec un fournisseur, nous pouvons ainsi plus facilement remplacer une partie de la recette, tout en maintenant le niveau de qualité attendu par nos clients. Le contrôle qualité est effectué tout au long du process depuis la réception des déchets jusqu'à la production des granulés en passant par la préparation des mélanges et des contrôles in process. Chaque granulé est prêt à l’emploi, conforme aux normes REACH, avec des fiches de données sécurité, des fiches techniques et un éco-profil, que nous avons développé avec le SRP, Syndicat National des Régénérateurs de matière Plastiques.

Concernant les évolutions à venir pour notre filière - en matière d’économie circulaire et de développement de process de travail plus responsable - quel est votre avis sur le sujet et comment vous préparez- vous à ces changements ?

En tant que membre du SRP, Géboplast a contribué à la réalisation des ICV et des éco-profils des principales matières premières de recyclage, utilisées en France. Il est essentiel d’illustrer l’intérêt de l’utilisation de matières recyclées. Ainsi, l’économie de carbone réalisée en utilisant 1kg de matière première issue du recyclage (comparée à 1kg de résine vierge), entraine 3 à 17 fois moins d’émissions de CO2 et nécessite de 3 à 9 fois moins d’énergie non renouvelable pour leur production. Ce qui nous permet de générer des Certificats d’Economies Carbonne, que nous pouvons fournir à nos clients.

En matière d’économie circulaire, nous accompagnons nos clients pour les aider à définir le meilleur moyen de recycler leurs déchets et incorporer leurs matières premières de recyclage. L’entreprise achète soit les déchets de ses clients, soit regranule à façon pour son client.

Quels appuis institutionnels, locaux ou en provenance de la filière plasturgie pourraient concrètement aider la société Geboplast à progresser conformément aux objectifs de recyclage de déchets plastiques fixés par l’Union Européenne ?

u point de vue des pouvoirs publics, il serait intéressant d’avoir une réelle politique d’éco-conception de la part des metteurs sur le marché, qui privilégierait la recyclabilité des produits et l’utilisation de matières recyclées. Du côté des plasturgistes, il est nécessaire qu’ils s’engagent de manière plus importante dans l’incorporation des matières recyclées. Il est aussi essentiel que les cahiers des charges pour les matières recyclées ne soient pas plus contraignants que ceux pour les matières vierges.

Pour que les plasturgistes utilisent davantage de matières recyclées, il faut réhabiliter ces matières. Les matières premières recyclées doivent être considérées comme une véritable matière première, au même titre que la matière vierge. Ainsi, il faudra avant tout se poser la question de comment utiliser cette nouvelle matière. Quand une entreprise achète deux matières vierges différentes, elle sait qu’elle devra réaliser des adaptations de ses réglages ou de ses outils, cela lui semble tout à fait normal. Il devrait en être de même pour une matière recyclée, du moment où nous garantissons le respect du cahier des charges client. Je pense qu’il y a un réel enjeu à ce que les plasturgistes puissent valoriser leurs économies de CO2, par le biais des Certificats d’Economie Carbone. On pourrait par exemple imaginer soit un objectif annuel en volume pour un transformateur, soit une contrepartie financière, pour démontrer qu’avec ces produits on pollue moins et on consomme moins d’énergie non renouvelable. Ce sont des questions qui intéressent de plus en plus de consommateurs finaux, il est donc important d’intégrer cette évolution.

En prenant un peu de hauteur, les politiques françaises et européennes en matière de recyclage évoluent très rapidement. Observez-vous l’apparition de nouveaux profils dans votre clientèle ?

Avec la FREC, de plus en plus de projets émergent mais il n’y a pas encore réellement de passage à l’acte. Avec la démarche mise en oeuvre par la Fédération de la Plasturgie et des Composites sur les Ateliers Matières Plastiques, auxquels nous allons participer, on constate que les choses bougent, c’est dans l’air du temps. Nous savons qu’il y a parfois de réelles contraintes, comme dans le secteur alimentaire, où seule la filière du PET est réellement organisée. Plus généralement, les entreprises utilisatrices de matières recyclées restent plutôt celles qui s’étaient déjà engagées dans la démarche depuis plusieurs années. Les nouvelles positions affichées sur l’économie circulaire des grands donneurs d’ordres des plasturgistes vont sans doute aider au développement de l’éco-conception et de fait faciliter le recyclage (limité par certains produits multi-couches, …), c’est pour moi une étape nécessaire. Il y a un réel phénomène de société. Utiliser des produits recyclés dans les produits finaux devient plutôt tendance, affiche un engagement écologique du fabriquant, et cela devient un argument marketing de poids pour les consommateurs finaux. Les grands groupes alimentaires que sont Coca-Cola ou Nestlé, par exemple, communiquent largement sur l’utilisation de bouteilles recyclées pour réaliser leurs produits, montrant les efforts fournis pour contribuer à l’économie circulaire et au développement durable. Dans certains secteurs, nous sommes passés d’une utilisation non communiquée au consommateur, comme sur le secteur automotive, à une valorisation de cette « vraie matière », avec des vraies caractéristiques techniques et un vrai plus pour l’environnement. On ne pourra pas avoir une économie bas carbone sans recyclage et régénération.

Ces mêmes politiques et les nouvelles réglementations qui les accompagnent éveillent à nouveau les curiosités au sujet du recyclage chimique. Ces technologies sont pour l’instant rarement rentables à l’échelle industrielle. Pensez-vous que leur avenir se fera en complément ou en remplacement du recyclage mécanique ?

En tant qu’ingénieur en génie physico- chimique, je pense que le recyclage chimique a tout son sens en complément du recyclage mécanique, notamment dans la séparation des produits complexes, la fabrication d’huile ou l’amélioration de la compatibilisation de matières plastiques. Encore faut-il que les produits ainsi obtenus puissent rentrer dans une filière existante ou qu’une nouvelle filière soit créée. Au sein d’IPC, Innovation Plasturgie Composites, des projets sont menés sur la compatibilisation (pouvoir mélanger des matières entre elles) de matières qui ne sont pas forcément compatibles. L’essentiel est toujours de s’interroger sur la demande, les besoins des clients. Aujourd’hui, chez GéboPlast les clients préfèrent une matière la plus pure possible. Par exemple, on nous demande du PP mais jamais du PP mélangé avec une autre matière. L’association 2ACR, Alliance Chimie Recyclage, a réalisé un état des projets en cours et ils sont nombreux. Toutefois, l’équilibre économique du recyclage chimique est encore à trouver, la majorité des procédés sont encore en cours de développement et il reste du travail pour qu’ils deviennent industrialisables.

Thématique transverse
Plastilien - avril 2019
Cet article est extrait du dossier spécial "La responsabilité sociétale des entreprises" 

Retrouvez l'ensemble du dossier spécial dans le Plastilien d'avril 2019 présent dans la médiathèque