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Gilets jaunes et autres grèves : quel impact sur les plasturgistes ?

05 décembre 2018

Gilets jaunes et autres grèves : quel impact sur les plasturgistes ?

Le mouvement des gilets jaunes, lancé il y a maintenant trois semaines, fait souffrir l’économie française. A cela s’ajoutent les grèves encouragées par la CGT Total, qui ralentissent, voire font momentanément cesser, l’activité des raffineries du pétrochimiste depuis le 21 novembre. La fin d’année s’annonce d’autant plus mouvementée que les syndicats de routier viennent d’appeler à la grève à partir de dimanche prochain.

Un contexte social agité sous le sapin

On ne présente plus les gilets jaunes qui, à grands renforts de manifestations et de barrages routiers, ralentissent sensiblement l’activité économique française depuis trois semaines. Les dégâts ne se limitent pas qu’au mobilier urbain et aux vitrines. A la veille des fêtes de fin d’année, période cruciale pour le commerce, leurs actions heurtent bien des secteurs.

Pour l’industrie, l’impact se fait également sentir ailleurs qu’à Paris. Les dépôts pétroliers du pays sont régulièrement bloqués par les manifestants, ce qui a entraîné une pénurie de carburant dans de nombreuses stations-services.

Si la situation n’est pas encore critique, on peut s’attendre à de légères perturbations chez Total. Les raffineries de Feyzin et Gonfreville ont en effet été secouées par des grèves internes à la fin du mois de novembre dernier, sur fonds de négociations salariales. Si le mouvement social a officiellement cessé le 29 novembre, la contestation pourrait se réveiller dès le 11 décembre prochain. La CGT-Total se réserve en effet le droit d’appeler à des assemblées générales à partir de cette date, qui est en fait la journée annuelle des négociations salariales.

Total est d’ailleurs particulièrement visé à Feyzin, où des gilets jaunes occupent depuis plusieurs jours le rond-point situé en face de sa raffinerie. Le pétrochimiste pâtit en effet de son image de pollueur, alors que le gouvernement augmente les taxes sur les carburants pour justement limiter l’impact environnemental de ses produits. Les camions rencontrent donc parfois des problèmes pour entrer et sortir du site.

La production de polymères n’est en soi pas menacée. Les grèves et les blocages n’empêchent pas les crackers de fonctionner, et aucun producteur basé en France n’a déclaré de Force Majeure ou d’arrêt contraint suite aux manifestations. Cela ne signifie toutefois pas que les approvisionnements des plasturgistes ne sont pas menacés.

Transports : les gilets jaunes bientôt rejoints par les routiers en colère

 Selon le Ministère de la Transition écologique et solidaire, les entreprises du transport routier de marchandises ont subi près de 400 millions d’euros de pertes d’exploitation depuis le 17 novembre 2018, soit le début du mouvement des gilets jaunes.

Les différents barrages et blocages installés partout en France coûtent en effet très cher aux transporteurs, qui se retrouvent en situation « d’inactivité forcée ». Ces derniers ne sont pourtant pas les seuls à payer. Les industriels ont de plus en plus de mal à livrer et à se faire livrer. Pour les plasturgistes, cela peut mener à des retards de livraison et à de graves difficultés d’approvisionnement.

L’offre de transport était déjà insuffisante par rapport aux besoins des industriels français. On se souvient notamment des conséquences du manque de chauffeurs routiers observées lors de l’été 2017. Des volumes de polymères étaient bien disponibles, mais impossible de trouver des camions !

Les industriels ne sont pas au bout de leur peine. Si les routiers se sont jusqu’ici montrés solidaires avec les gilets jaunes, ils ont désormais leurs propres motivations pour freiner des quatre fers. Les syndicats CGT et FO du secteur ont en effet appelé à la grève à partir du dimanche 9 décembre prochain, et ce pour une durée indéterminée.

La cause de la discorde est toujours la problématique du pouvoir d’achat. Les deux fédérations ont pris en grippe une récente décision du Conseil d’Etat, qui réduit considérablement les majorations des heures supplémentaires des conducteurs.

Si le Ministère des Transports tente déjà d’apaiser ses interlocuteurs en leur assurant que l’article 42 du projet de loi d'orientation des mobilités maintiendra bien ce qui avait été négocié pour le secteur routier lors de l’élaboration de la loi El Khomri, à savoir des majorations plus élevées pour les chauffeurs transportant des marchandises, les syndicats sont a priori bien partis pour lancer la grève.

Pour les plasturgistes, ces mouvements se traduiront sans doute par de plus amples difficultés d’approvisionnement et de livraisons à leurs clients. Un autre impact pourrait justement être un déclin de l’activité de leurs donneurs d’ordre. On observe déjà de lourdes pertes au sein de la filière agroalimentaire et les contraintes imposées par le mouvement des gilets jaunes détournent les consommateurs des centres commerciaux et des boutiques. La fin d’année risque donc de ne pas être aussi faste qu’attendu.

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