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Le styrène européen intéresse la pétrochimie chinoise

06 février 2019

Le styrène européen dans le viseur des acheteurs chinois

Les acteurs européens souhaitant utiliser du styrène produit localement pourraient bientôt rencontrer des difficultés venues d’ailleurs. La demande chinoise risque en effet d’augmenter dramatiquement au cours des mois à venir. La Chine a en effet récemment instauré des barrières tarifaires anti-dumping sur certains flux d’approvisionnement, en particulier les importations en provenance des Etats-Unis, de Taïwan et de Corée du Sud. Les acheteurs cherchent donc à s’approvisionner ailleurs afin de réduire leurs coûts.

L’impact ne devrait pas être significatif dans un premier temps. Si la compétition pour obtenir du monomère produit en Europe s’est déjà accrue, les acteurs locaux bénéficient tout de même de bonnes relations, pour la plupart établies depuis longtemps, avec leurs fournisseurs. Ces derniers sont vraisemblablement enclins à continuer dans ce sens.

Si certains acheteurs sont contraints, en raison d’exigences techniques particulières, de n’acheter que du styrène européen, leur part demeure marginale dans le volume général des ventes du Vieux Continent. Bien que volatils, les prix du monomère ne devraient pas augmenter sensiblement pour cette raison en particulier.

Il convient toutefois de surveiller régulièrement le spread entre les prix européens et asiatiques du styrène. Celui-ci s’est avéré plutôt instable en 2018, avec plusieurs fenêtres d’arbitrage au cours du second semestre. La tendance devrait perdurer en 2019, et on peut donc s’attendre à des augmentations ponctuelles de la demande chinoise sur le marché européen.

Prédire l’évolution des cours du styrène est extrêmement difficile.

Ce monomère est connu pour subir des hausses et des baisses drastiques, parfois d’un mois à l’autre. A priori, aucun investissement significatif n’est prévu en Europe pour augmenter les capacités de production locales.

La donne n’est en revanche pas la même en Chine. Les capacités de production de cette dernière devraient augmenter de 6,4 millions de tonnes d’ici 2021. L’Asie est actuellement capable de produire plus de 20.8 millions de tonnes de monomère par an et la Chine 7.9 millions de tonnes.  

Selon l’agence Wood Mackenzie, la Chine devrait capter 60% de la demande mondiale de styrène d’ici 2025. Si l’on estime que la demande mondiale actuelle est égale aux capacités de production annuelles globales, elle pèse alors 34.525 millions de tonnes. Une étude de Research and Markets estime que l’offre mondiale de styrène devrait croître de 4.9% par an jusqu’en 2022. Elle pourrait alors atteindre près de 49 millions de tonnes annuelles d’ici 2025. La Chine consommerait alors 29 millions de tonnes.

Avec une capacité de production annuelle de styrène prévisionnelle de 14.3 millions de tonnes en 2021, la Chine se retrouverait contrainte d’acheter près de la moitié de ses besoins en monomères à l’étranger. Dans la mesure où les barrières tarifaires avec les Etats-Unis, la Corée du Sud et Taïwan ne devraient pas être levées d’ici là, les acteurs chinois pourraient en effet exercer une pression plus importante sur l’offre européenne.

On peut donc s’attendre à une augmentation des commandes chinoises à chaque fois qu’une fenêtre d’arbitrage s’ouvrira avec l’Europe. Ces hausses ponctuelles de la demande pourraient provoquer des variations de prix du styrène européen. Celles-ci pourraient être encore plus importantes lors des périodes où certains sites sont en maintenance ou arrêtés momentanément. Il convient donc de surveiller régulièrement le comportement des acheteurs asiatiques afin de pouvoir anticiper les augmentations potentielles des prix des dérivés, notamment les polystyrènes et, dans une moindre mesure, des ABS.

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