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L’industrie automobile européenne perturbée

31 octobre 2018

L’industrie automobile européenne perturbée

Le secteur automobile, dont la santé était jusqu’ici éclatante, est aujourd’hui la victime de multiples perturbations qui lui coûtent cher, notamment en bourse. Les équipementiers et les constructeurs sont plusieurs à alerter sur leurs résultats, et à les revoir à la baisse.

Panique boursière sur l'industrie automobile européénne

Les équipementiers automobiles sont les premiers à souffrir. Les titres de Faurecia ont par exemple chuté de 35% depuis le début de l’année, contre 60% pour Valeo. Les publications de Plastic Omnium n’ont également pas convaincu. Les industriels français ne sont pas les seuls à en souffrir. D’autres équipementiers européens, comme Continental, ont également fait les frais d’un manque flagrant d’enthousiasme de la part des places boursières.

Les constructeurs automobiles n’échappent pas à cette tendance. Les résultats de Renault-Nissan n’ont pas convaincu, tout comme ceux de Fiat Chrysler Automobiles. Volkswagen a quant à lui publié des chiffres positifs, mais cela n’a été possible que grâce à l’absence des charges liées au Dieselgate, et les analystes ne se sont pas laissés berner.

Cette inquiétude des marchés financiers se justifie par plusieurs facteurs. Le secteur automobile européen est en effet menacé par la nouvelle norme d’homologation des véhicules en vigueur depuis le 1er septembre 2018, les chiffres peu rassurants de la croissance chinoise, l’impact de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, le ralentissement de la demande européenne pour les véhicules neufs, le renoncement forcé au marché iranien, la perte de vitesse considérable des ventes de moteurs diesels ainsi que l’incertitude économique qui plane sur les pays en voie de développement. A cela s’ajoute l’obligation de réduire sensiblement les émissions de CO2 des véhicules, conformément aux attentes de l’Union Européenne.

La Chine souffrante

Tous ces éléments sont indépendants de la volonté des constructeurs et équipementiers. Ces derniers évoluaient jusqu’ici dans un environnement qui leur était favorable, mais la route est désormais semée d’embûches. Une grande partie des inquiétudes est suscitée par la situation chinoise. En effet, les équipementiers y réalisent en moyenne près de 15% de leurs chiffres d’affaires, et leurs marges y sont bien plus élevées que sur les autres marchés.

Les ventes de véhicules particuliers ont en effet chuté de 7.7% par rapport à l’année précédente, et de 12% au mois de septembre.

Après plusieurs années de croissance exceptionnelle, le marché automobile chinois a finalement réalisé son pire chiffre depuis dix ans entre juin et juillet 2018. Les ventes de véhicules particuliers ont en effet chuté de 7.7% par rapport à l’année précédente, et de 12% au mois de septembre. Selon la presse locale, certains concessionnaires peinent désormais à trouver des places pour garer leurs véhicules tant leurs inventaires sont importants. 


Le secteur automobile chinois pâtit fortement du ralentissement de la croissance économique du pays, qui a péniblement atteint 6.5% au troisième trimestre 2018, soit son niveau le plus bas depuis près d’une décennie. Plus inquiétant encore, le marché de l’immobilier est en mauvaise posture, la monnaie nationale s’affaiblit considérablement et les marchés boursiers plongent. 


Il y a peu de chance d’assister à un retournement de situation d’ici la fin de l’année, bien que le gouvernement chinois n’ait pas tardé pour agir. Ce dernier considérerait en effet la possibilité de réduire de 50% les taxes sur les véhicules neufs afin de doper les ventes et de relancer l’industrie. Cette annonce a d’ailleurs provoqué un sursaut des actions de plusieurs constructeurs, dont Great Wall Motor, Volkswagen ou encore General Motors. 


Le contrecoup du Dieselgate


L’affaire Volkswagen, rendue publique en 2015, a coûté cher aux constructeurs. Les investisseurs ont en effet fait preuve d’une extrême méfiance à l’égard de ces derniers, et se sont donc engagés auprès des équipementiers de rang 1. Cet engouement boursier est aujourd’hui remis en question, puisque les attentes des actionnaires ne trouvent plus réponse satisfaisante. 


La croissance des équipementiers est aujourd’hui moins importante que ce à quoi l’on pouvait s’attendre en début d’année. Ces derniers ont de plus énormément investi dans les nouvelles technologies, notamment les voitures électriques, autonomes et connectées. Ces progrès technologiques pèsent lourd sur leurs chiffres, ce qui déplait aux investisseurs. 

L’appétit des industriels ne les rassure également pas. L’acquisition du japonais Clarion par Faurecia pour plus d’un milliard d’euros a par exemple été très mal accueillie. Cette transaction, financée via le marché obligataire, est critiquée car elle a lieu dans un contexte de forte incertitude. Selon les acteurs de la bourse, rien ne laisse entendre que l’équipementier pourra assurer ses objectifs, et la mise en avant de synergies post-acquisition ne suffit plus à convaincre. 
 

Trump annonçait en juillet dernier son intention de taxer les importations de véhicules européens à hauteur de 20%. Les voitures exportées vers le pays de l’Oncle Sam représentaient près de 43 milliards de dollars US en 2017.

L’automobile en première ligne de la guerre commerciale

L’industrie automobile européenne est malheureusement piégée entre les deux feux de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Les perspectives sont d’autant moins encourageantes que Donald Trump semble enclin à continuer son escalade.

D’après l’agence IHS Markit, la situation est particulièrement mauvaise pour la zone euro. Les taux de production ont cru à leur rythme le plus lent depuis deux ans au mois de septembre, et les commandes en provenance du reste du monde n’ont pas augmenté, un fait inobservé depuis 2013.

Les constructeurs sont en effet victimes de dommages collatéraux, et regrettent le manque de stabilité économique dont leur santé dépend étroitement. La guerre commerciale rend en effet les consommateurs de plus en plus frileux – particulièrement en Chine, mais également en Europe, et ces derniers repoussent leurs achats automobiles.

L’Union Européenne pourrait également être directement visée par les Etats-Unis dans les mois à venir. Trump annonçait en juillet dernier son intention de taxer les importations de véhicules européens à hauteur de 20%. Les voitures exportées vers le pays de l’Oncle Sam représentaient près de 43 milliards de dollars US en 2017.

Si certains constructeurs, comme BMW, produisent déjà des modèles aux Etats-Unis, l’addition risque tout de même d’être salée. D’autant plus qu’une telle décision de la part de Donald Trump provoquerait à coup sûr une autre guerre commerciale, cette fois-ci avec l’Europe.

Le poids de la norme WLTP

Les constructeurs le craignaient, le mois d’octobre l’a finalement confirmé. La nouvelle norme d’homologation WLTP, qui teste les émissions de CO2 des moteurs automobiles, a provoqué une chute de 23.4% des ventes de véhicules neufs entre 2017 et 2018.

Les industriels ont en effet bien du mal à faire en sorte que leurs produits répondent aux exigences de la norme. Seulement 57% des modèles proposés jusqu’ici peuvent passer le test avec succès. Les ventes devraient donc continuer à décliner, tant que certains véhicules ne pourront pas être remis sur le marché.

La question est de savoir combien de temps cela va-t-il durer. Volkswagen rencontre par exemple de graves difficultés, ce qui a permis à Peugeot-Citroën de lui dérober la première place des ventes européennes au mois de septembre. La Golf, voiture la plus vendue en Europe depuis mars 2017, a par exemple vu ses ventes décliner de 71% le mois dernier.

Si la situation n’est a priori pas insurmontable, elle pèsera tout de même sur le chiffre d’affaires des constructeurs jusqu’en 2019, voire pendant une bonne partie de l’année prochaine. Les ventes devraient en effet continuer à chuter pour certains modèles, et les investissements nécessaires pour adapter les moteurs continueront à creuser leurs comptes.

Mauvaises nouvelles pour les plasturgistes

Les plasturgistes français acteurs sur le marché de l’automobile ont un souvenir amer de la crise de 2008 et du fort ralentissement qu’elle a causé sur leur marché. Ils sont en effet étroitement dépendants de leurs clients, pour la plupart des équipementiers de rang 1 et 2, et cette avalanche de mauvaises nouvelles à de quoi provoquer des inquiétudes. Il conviendra d’en tenir compte pour éviter de subir de plein fouet les impacts négatifs que ces éléments conjoncturels pourraient provoquer.

Il faut toutefois nuancer la situation. Les grands équipementiers européens, comme Delfingen, Faurecia, Plastic Omnium, Valeo, Bosch ou encore Continental rencontrent des difficultés, mais continuent toutefois à se développer. Leurs chiffres demeurent pour l’instant positifs, et il n’est pour l’instant pas raisonnable de prédire un total effondrement de l’industrie.