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Loop, symptôme du plastic bashing

11 avril 2019

Loop, symptôme du plastic bashing

On assiste depuis près de deux ans à un phénomène mondial désigné sous le nom de « plastic bashing ». Le plastique est rejeté de toute part, notamment sous la forme d’emballages, en raison de son impact sur les océans désormais jugé catastrophique tant par la sphère politique que le grand public. La tendance n’est pourtant pas nouvelle, les blogs zéro plastique fleurissant depuis au moins avant 2015 sur la toile. L’affaire prend simplement de l’ampleur depuis que la Fondation Ellen MacArthur, l’ONU, les gouvernements et d’autres ONG sont montés au créneau.

Cette forte poussée vers l’économie circulaire a contraint les marques de grande consommation, comme Coca-Cola, L’Oréal et bien d’autres, ainsi que certains pétrochimistes comme Borealis ou Repsol, à changer leurs stratégies respectives. Les polymères se retrouvent au centre de toutes les attentions et le recyclage fait les choux gras de la presse spécialisée et généraliste.  

Le recyclage des matières plastiques est évidemment sur toutes les lèvres mais les taux européen (30%) et français (24%) ne sont pas très encourageants, et ce même si des objectifs ambitieux ont été annoncés par l’UE. Les 27 Etats membres se sont en effet engagés à recycler 50% de leurs déchets plastiques municipaux en 2025 et 55% en 2030.

Il s’agit désormais de créer une économie du recyclage des matières plastiques raisonnée et viable, dans des délais très réduits. Des multinationales se sont ainsi engagées aux côtés de la Fondation Ellen MacArthur et de Ceflex pour repenser leur chaîne de valeur et rationnaliser leur utilisation du plastique.

Ainsi commence la genèse de Loop, un programme de TerraCycle officiellement lancé en janvier dernier lors du Forum économique de Davos, en partenariat avec 25 grands industriels, dont Carrefour, Procter & Gamble, Mondelez, The Body Shop, Unilever, Nestlé, Clorox, BIC ou encore Coca-Cola.

Loop est en fait un site de e-commerce regroupant une centaine de références, de l’agroalimentaire à la papeterie, dont la particularité est qu’il n’utilise que des emballages réutilisables. Le concept s’articule en effet autour d’un choix entre le recyclable et le réutilisable. Si TerraCycle se spécialise en effet dans le recyclage d’emballages et de produits justement difficiles à traiter, Loop est en fait un système de consigne, mais en ligne.

Le site internet, qui doit être lancé au printemps à Paris et à New-York, se veut entièrement zéro déchet. Finis les cartons, les produits seront livrés dans une housse réutilisable. L’objectif est de faire de ce type d’emballage une pratique courante afin de supprimer les emballages à usage unique, même si certains d’entre eux pourraient être recyclés.

Les grandes marques partenaires s’engagent en effet à récupérer leurs emballages pour les réintroduire dans leur chaîne de production, quitte à les personnaliser au passage. La livraison et la collecte seront gérées par UPS.

Les produits sont donc perçus comme plus durables par le consommateur, qui peut désormais encourager la réutilisation d’un produit dont la durée de vie est somme toute assez courte. Les marques peuvent aussi faire le choix d’un matériau auquel les consommateurs vont attribuer une plus grande valeur, car l’emballage du produit devient un élément encore plus important pour la différenciation.

La recyclabilité est d’une importance critique et l’usage de matériaux recyclés est une étape cruciale à court-terme, mais cela ne résout pas la problématique des déchets .

- Tom Szaky, CEO de TerraCycle

Loop a pour problématique de départ celle de la possession de l’emballage par le consommateur, qui pousse les marques à sourcer des conditionnements toujours moins coûteux et toujours plus légers. Or, moins c’est cher, plus c’est léger, moins c’est intéressant à recycler. Ces emballages, bien qu’éco-conçus en termes de poids, et potentiellement en termes de choix du matériau (MPR, biosourcé…), ne génèrent pas une économie du recyclage viable.

Si la possession revient aux marques, l’emballage devient un capital et est comptabilisé dans les pertes et profits. Les choix de matériaux sont donc susceptibles de changer, car le conditionnement devra résister à plusieurs utilisations sans s’abimer et sans perdre ses propriétés initiales.

Cela entraîne potentiellement une réduction du prix d’achat pour le consommateur, qui au final n’achète plus l’emballage, tout en maintenant l’aspect pratique et design et en mettant en avant l’élimination des déchets. Demeure la question des coûts.

Loop défend son modèle économique en arguant que le coût final de cette solution est comparable à celui des emballages uniques quand on tient compte de la collecte par UPS et du nettoyage par SUEZ. La parité en termes d’empreinte environnementale est atteinte au bout de 5 réutilisations en moyenne, ce qui signifie qu’un emballage doit conserver ses propriétés et son aspect pendant au moins 3 à 5 cycles de consommation, en fonction des études.

Le seul problème éventuel est celui du bilan carbone : entre la livraison depuis les entrepôts des marques à celui de Loop, la livraison chez le consommateur, la consommation à Paris, le nettoyage chez Suez à Besançon, le renvoi aux marques disséminées en France et en Europe, et le redémarrage de la boucle…

Le programme n’est pour l’instant qu’une expérimentation. Son succès lèvera le voile sur l’avenir de l’emballage réutilisable de grande consommation. Cet éventuel changement de paradigme risque de révolutionner le rapport des plasturgistes à leurs donneurs d’ordre. Ces derniers devront une fois de plus prouver la qualité de leurs produits tout en les repensant pour qu’ils puissent résister à plusieurs utilisations, livraisons et nettoyages, tout en conservant leur recyclabilité.