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26 juin 2019

Rhin : source d’inquiétudes pour la pétrochimie

Le niveau de l’eau du Rhin est jugé exceptionnellement bas depuis le début du mois de mai. Le fleuve constitue l’une des principales artères commerciales de la pétrochimie européenne, et le transport des marchandises s’en trouve donc impacté.

Le fleuve n’est pas étranger aux périodes de sécheresse mais celles-ci se produisent normalement au mois d’août. Les industriels basés tout le long du Rhin redoutent donc qu’un phénomène comparable à celui observé en 2018 ne se reproduise. Pour mémoire, le niveau de l’eau du fleuve s’est avéré particulièrement bas entre l’été et l’automne de l’année précédente. La situation s’était dégradée au point que certaines péniches ne puissent plus circuler.

Cet épisode a attiré l’attention sur le réchauffement climatique. La montée des températures à l’échelle mondiale et la raréfaction des pluies sont en effet susceptibles de provoquer un phénomène d’assèchement de long-terme dans la région rhénane. Une telle occurrence aurait forcément un impact sur les modes de transports mais aussi sur leurs coûts.

Les infrastructures routières et ferroviaires européennes ne sont en effet aujourd’hui pas capables d’assurer le transport des marchandises affrétées par péniches si celles-ci n’ont plus la possibilité de circuler.

A cela s’ajoute la problématique de refroidissement des sites de production de polymères, situés tout au long du fleuve. La sécheresse pourrait indirectement favoriser la surchauffe de certains crackers et donc provoquer des arrêts imprévus. Les pétrochimistes seront également plus exposés aux difficultés d’approvisionnement en matières premières, ces dernières ayant du mal à être acheminées par voie fluviale.

Il avait fallu attendre janvier 2019 pour que les pluies ne reviennent et ne fassent remonter le niveau de l’eau. La situation semble s’aggraver seulement quatre mois plus tard. La pétrochimie européenne redoute de devoir affronter une nouvelle période de sécheresse, celle-ci risquant de s’accompagner de restrictions des moyens de transports et d’augmentation du coût de ces derniers.

Un tel épisode pourrait concrètement se traduire par l’arrêt forcé de la circulation de centaines de péniches, comme ce fut le cas en 2018. Ces navires sont notamment utilisés pour le transport de marchandises en vrac et de conteneurs vers les ports nord-européens (Anvers, Rotterdam…). Certaines sections du fleuve avaient également été fermées et il n’est pas impossible que les autorités concernées ne soient contraintes de reprendre une telle décision.

Les compagnies de transport anticipent également ces problèmes éventuels et cela se traduit déjà par une augmentation précoce de leurs tarifs. Certains suppléments sont en effet appliqués sur le transport des conteneurs. C’est par exemple le cas des transporteurs Hapag-Lloys et MSC, qui appliquent cette hausse tant aux importations qu’aux exportations. Hapag-Lloyd appliquerait actuellement un supplément de 45 euros pour le CAF et de 60 euros pour le FAB. Un report sur le ferroviaire ou le routier, qui se traduirait par une hausse de la demande pour ces moyens de transport, provoquera vraisemblablement une augmentation du coût de ces derniers.

L’inquiétude est suffisamment importante pour que certains pétrochimistes prennent les devants. C’est par exemple le cas de BASF qui vient d’annoncer avoir augmenter les capacités de stockage de son site de Ludwigshafen, en Allemagne. Cette décision lui permettra de compenser pour l’éventuelle pénurie de transports provoquée par la sécheresse du Rhin. BASF peut ainsi en effet assurer en partir ses approvisionnements en matières premières.

Le pétrochimiste a également fait en sorte que les cours d’eau qu’il gère à l’intérieur des terres aient suffisamment de volume pour permettre la circulation des matériaux et éviter la surchauffe des installations. Les systèmes de refroidissement des crackers ont en effet été modifiés pour ne plus dépendre de l’eau fluviale. BASF avait en effet accusé des pertes estimées à 250 millions d’euros l’année dernière en raison de cet épisode de sécheresse.

Les craintes se confirment au moins de juin, avec un niveau de l’eau à peine au-dessus des 3 mètres en milieu de mois. Si les météorologues ne prévoient pas un été caniculaire en Europe, il demeure que le fleuve n’est pas à l’abri de manquer de profondeur.

Les péniches et les bateaux peuvent toutefois continuer à circuler tant que le niveau de l’eau reste supérieur à deux mètres. Les plasturgistes doivent donc surveiller la progression de la situation afin d’anticiper d’éventuelles difficultés d’approvisionnement.

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