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Trêve commerciale chine-USA

11 décembre 2018

Trêve commerciale Chine Etats-Unis : l’ombre de la guerre plane toujours

S’il est évidemment bien reçu, le cessez-le-feu entre la Chine et les Etats-Unis demeure fragile. Les médias et les hommes et femmes politiques du monde entier l’accueillent avec prudence. La guerre commerciale menaçait, et pourrait toujours, plonger l’économie mondiale dans une nouvelle crise. Une résolution du conflit est donc espérée, mais l’incertitude continue de régner avec Donald Trump aux commandes du conflit.

L’économie mondiale soulagée mais prudente

La trêve, d’une durée de trois mois, a été conclue avec le Président Xi Jinping lors du sommet du G20 qui s’est récemment tenu en Argentine. L’accord a été bien reçu par les acteurs du marché pétrochimique chinois. Les prix du polyéthylène ont par exemple augmenté, tout comme ceux du PP et du PVC. Cela s’explique par l’anticipation croissante d’une hausse de la demande. Les plasturgistes chinois pourront en effet exporter leurs produits aux Etats-Unis sans devoir s’affranchir de droits de douane.

Les actions des marchés européen et asiatique sont également reparties à la hausse. Si l’arrêt momentané des hostilités redonne espoir aux acteurs du monde entier, il est pourtant peu probable que la guerre commerciale touche à sa fin. Les conflits qui la constituent ne reposent pas uniquement sur les échanges purs et durs, mais également sur la propriété intellectuelle.

Trump a en effet imposé plusieurs conditions à la Chine afin de mettre fin à l’affrontement entre les deux Etats. La Chine ne dispose ainsi que de trois mois pour lancer le démantèlement de son modèle de croissance économique soutenu par l’Etat, cesser de s’approprier des technologies développées ailleurs dans le monde et renoncer à ses ambitions militaires en Mer de Chine méridionale.

La Chine sous pression, et le reste du monde avec

Il s’agit donc d’une véritable course contre la montre dont les objectifs paraissent difficiles à atteindre, mais la carotte est alléchante. Le 21ème siècle devrait logiquement être celui de l’avènement de la domination économique chinoise, mais l’Empire du Milieu rencontre désormais d’importantes difficultés.

La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis la ralentit fortement, et bien des industries sont touchées. La plasturgie et la pétrochimie, qui font partie des plus innovantes, sont particulièrement vulnérables. La Chine a en effet besoin de pétrole, et ses actions en Mer de Chine méridionale ont pour but de sécuriser son approvisionnement en garantissant le maintien de flux critiques.

Ses industriels ont également encore besoin de temps pour mettre au point suffisamment de hautes-technologies pour progresser dans la chaîne de valeur mondiale et s’imposer comme des leaders sur la plupart des marchés porteurs, comme l’automobile, la santé, l’aéronautique, l’énergie ou encore la défense. Si cette transition promet d’être rapide, trois mois ne suffiront pas.

Le cessez-le-feu ne peut, à lui seul, apaiser les craintes des pétrochimistes chinois. Ces derniers souffrent depuis plusieurs mois d’une pression à la baisse, tant sur les prix du pétrole brut que sur ceux des polymères. Les prix européens sont en effet plus bas, particulièrement sur le brut et le naphta, ce qui les contraint à accepter des réductions de prix supplémentaires. Leurs marges sont mises à mal.

Une hausse des cours du pétrole leur permettrait de tirer les prix des polymères vers le haut, et donc de gonfler leurs marges, mais tous les indices portent pour l’instant à croire que la tendance baissière sera maintenue au cours des prochaines semaines.

La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis a évidemment eu un impact. La pétrochimie chinoise craignait en effet que le pays de l’Oncle Sam ne taxe les exportations de produits fabriqués à partir de plastique à hauteur de 25%. Cela aurait causé un effondrement de la demande domestique sur certains secteurs, et donc prévenu toute hausse de prix sur une longue période. La trêve apaise momentanément ces craintes.

Le soulagement est sans doute partagé par les pétrochimistes basés aux Etats-Unis. Ces derniers ont en effet investi massivement dans le gaz de schiste et le gaz naturel au cours des dernières années pour booster leur production d’oléfines et de polyoléfines. Ces nouveaux volumes étaient explicitement destinés à être exportés. La Chine était identifiée comme une destination prioritaire. La guerre commerciale a considérablement heurté cette stratégie.

Un ralentissement de la demande chinoise en polymères serait en effet particulièrement dommageable pour la pétrochimie étasunienne, mais également pour les fournisseurs basés au Moyen-Orient. Si la guerre commerciale redémarre d’ici trois mois, les flux d’exportations pourraient être déviés vers l’Europe. On a d’ailleurs déjà observé d’importants arrivages de polyéthylène produit aux Etats-Unis sur le Vieux Continent.

90 jours pour réussir... ou échouer

L’ensemble des parties souhaite évidemment que la trêve débouche sur la paix. La Chine a déjà fait plusieurs concessions allant dans ce sens. Elle a notamment réduit les droits de douanes sur les voitures importées depuis les Etats-Unis, et a annoncé sa volonté de réduire les exportations de Fentanyl, un opioïde apparemment responsable d’une épidémie d’overdoses au pays de l’Oncle Sam.

Il lui reste cependant à transformer son modèle économique et à régler la question de la protection de la propriété intellectuelle. Envisager un retournement total de l’économie chinoise motivé par la menace de taxes douanières plus élevées parait compromis.

La Maison Blanche a pourtant publié un communiqué le 1er décembre attestant que les Présidents Trump et Xi se sont mis d’accord pour que les négociations au sujet des changements structurels à adopter démarrent immédiatement. Celles-ci se concentreraient principalement sur les transferts forcés de technologie, la protection de la propriété intellectuelle, les barrières non-tarifaires, les cybers intrusions, l’agriculture et les services. Il est également annoncé que les deux Etats s’engagent à régler ces questions en 90 jours, sous peine de voir les taxes douanières passer de 10 à 25%.

Chine Etats-Unis : gare aux incidents diplomatiques

Le calme n’aura pas duré longtemps. La trêve commerciale est désormais menacée. L’annonce, le 6 décembre 2018, de l’arrestation de la Directrice des Finances du géant industriel chinois Huawei a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Meng Wanzhou, accessoirement la fille du dirigeant de Huawei, est en effet soupçonnée d’avoir violé les sanctions étasuniennes contre l’Iran. Les Etats-Unis réclament donc son extradition.

L’interpellation a eu lieu le 1er décembre à Vancouver, le jour même où la trêve commerciale a été signée. La Chine est immédiatement montée au créneau en réclamant, via son ambassade canadienne, la libération de Meng Wanzhou.

Les institutions politiques chinoises ne sont pas les seules à protester. L’opinion publique du pays y voit également une attaque directe. Huawei est en effet le premier acteur du marché mondial des télécoms, et le second équipementier de téléphonie mobile. S’en prendre à celle qui devrait logiquement hériter de la direction de l’industriel revient à attaquer directement un véritable fleuron chinois, peut-être pour favoriser Apple. Les appels au boycott des produits de ce dernier se multiplient déjà sur les réseaux sociaux et viennent entacher les relations sino-américaines déjà fragiles.

L'affaire Huawei fait les choux gras de la presse, et nombreux sont les économistes qui y voient l'élément déclencheur de la fin prématurée de la guerre commerciale. Le conflit pourrait en effet reprendre de plus belle si les Etats-Unis et la Chine se révèlent incapables de parvenir à un accord, notamment au sujet de la libération de Meng Wanzhou. Une telle issue pourrait déboucher sur une escalade des sanctions commerciales et plonger l'économie mondiale dans un contexte difficile.

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