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Automobile : quelle reprise après la pandémie ?

18 août 2020

Automobile : quelle reprise après la pandémie ?

L’épidémie de coronavirus a déstabilisé l’industrie automobile européenne, et ce jusqu’au cœur de ses fondations. La conjugaison de l’interdiction des voyages, des arrêts de production et des fermetures de sites et de la réduction du pouvoir d’achat des consommateurs a semé la discorde sur le marché.

Chute des ventes de véhicules neufs

L’ACEA (Association européenne des constructeurs automobiles) prévoit une chute de 25% des nouvelles immatriculations de véhicules dans l’Union Européenne en 2020, soit seulement 9,6 millions de voitures cette année contre 12,8 millions en 2019. Si le marché français a rebondi d’environ 4% en juillet grâce aux mesures de soutien engagées par l’Etat pour promouvoir l’achat de véhicules neufs, le plus gros marché européen est à la peine.

L’industrie automobile allemande traverse en effet une très mauvaise passe et les menaces qui pèsent sur cette filière en particulier pourraient bientôt mettre en danger d’autres acteurs basés ailleurs en Europe, y compris des constructeurs automobiles. Les experts semblent en effet s’accorder sur le fait que les aides décidées par le gouvernement allemande ne seront pas suffisantes pour permettre au marché de s’extirper de l’œil du cyclone.

Ces mesures de soutien se focalisent essentiellement sur la promotion des véhicules électriques. Elles ignorent donc de fait les 90% du marché restants, selon le professeur Ferdinand Dudenhoeffer, qui a récemment rédigé un rapport à ce sujet pour le compte du Center for Automotive Research de Duisberg.

Comme ce fut le cas pour la France, les ventes de véhicules neufs ont également augmenté en juillet en Allemagne. Cette hausse de 4,7% ne suffit pourtant pas à rassurer, car le nombre de véhicules vendus – environ 330 000 – est inférieur au niveau de 2018 pour la même période.

A cela s’ajoute les prévisions pessimistes des majors de l’industrie automobile allemande. Volkswagen et BMW ont tous deux abaissé leurs prévisions pour le reste de l’année, et ce à l’échelle mondiale, à l’occasion de la publication de leurs résultats trimestriels. BMW a pourtant vu ses ventes augmenter en Allemagne pendant la crise sanitaire.

La situation est également compliquée en Italie. Fiat Chrysler Automobiles anticipe en effet une chute de 35% de ses ventes d’ici la fin de l’année, avec des ventes quasi-nulles en mars et avril derniers. Le constructeur a cependant négocié un prêt garanti par l’Etat s’élevant à 6,3 milliards d’euros. Renault a d’ailleurs obtenu un prêt similaire de milliards d’euros en France.  

Les constructeurs ne sont pas les seuls à souffrir. Toute la chaîne de valeur de l’industrie automobile affronte une période difficile. Les volumes de production des équipementiers de la filière sont très bas, et ne leur permettront pas de survivre si cette tendance venait à s’inscrire dans la durée.

De grands équipementiers comme Faurecia, Plastic Omnium ou Valeo ont tout juste réussi à maintenir leur cap. Pour les entreprises de plus petite taille, dont de nombreux plasturgistes, maintenir la tête hors de l’eau pendant la crise s’est avéré bien plus difficile. L’aval de la filière est en effet extrêmement dépendant de la santé des constructeurs et des gros équipementiers. Un ralentissement sensible de ces derniers forcerait toute l’industrie à rouler au pas.

Plein gaz vers l’électrique

Les ambitions européennes en matière de développement de véhicules autonomes ont également été fragilisées. Plusieurs programmes de R&D et d’industrialisation ont en effet été reportés.  Les fonds ainsi libérés seront utilisés pour soutenir les opérations critiques des différents acteurs.  Mercedes-Benz et Nvidia ont cependant annoncé un partenariat pour développer ensemble de telles technologies. C’est également le cas de Waymo et Volvo. En soi, il s’agit toujours de faire progresser cette technologie, mais l’échéance s’inscrit désormais à plus long terme qu’avant la crise sanitaire.

Le mode de propagation du coronavirus met également des bâtons dans les roues de la mobilité partagée. Les voyageurs ont tendance à limiter l’utilisation des transports en commun et des services d’autopartage lorsqu’ils en ont la possibilité.

L’avenir est plutôt sombre pour les applications telles que Uber et Lyft. Les consommateurs pourraient en revanche privilégier les solutions leur permettant de louer ou partager l’accès à des véhicules en payant à la minute, à la journée ou encore à la semaine.

Les constructeurs européens risquent donc de miser beaucoup plus qu’auparavant sur l’électrification des véhicules. Les échéances des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre se rapprochent. Les voitures neuves mises sur le marché doivent donc être toujours plus « propres » ; leurs fabricants s’exposant à de lourdes amendes si elles ne répondent pas à certains critères définis par la Commission européenne.

Les prochaines années se caractériseront par une véritable lancée dans le virage de l’électrique et de l’hydrogène. Volkswagen, Nissan, PSA, Renault ou encore Kia sont autant de marques qui inonderont bientôt le marché européen avec des modèles 100% électriques. Reste à savoir si l’effort public pour installer des points de recharge pour l’électrique et l’hydrogène tiendra lui aussi la route.

Redémarrage des sites de production

Les sites de production des constructeurs, de leurs équipementiers et des fournisseurs de ces derniers ont, pour la plupart, rouvert leurs portes et redémarré leurs lignes de production. Les mesures de sécurité rendues nécessaires par la crise sanitaire, telles que le port de masques et de gants, ainsi que la distanciation physique entre les collaborateurs, imposent toutefois un ralentissement sensible de certaines chaînes de production. Les véhicules neufs mettent donc un peu plus de temps à être mis sur le marché.

Les concessionnaires ont dans le même temps dû affronter une chute de leurs ventes et de la fréquentation de leurs sites de vente par les clients. Les aides de certains Etats européens ont pu, dans certains cas, y remédier.

L’ensemble de ces acteurs se posent tous la même question : quand la demande va-t-elle revenir à la normale ?

La chute de la demande observée pendant le confinement de l’Europe, et plus généralement pendant toute la durée de la crise sanitaire, est historique. La crise financière de 2008 n’avait pas causé autant de dégâts.

Prédire la reprise véritable de la demande est difficile. Les consommateurs ne seront prêts à investir dans de nouveaux véhicules que lorsque leurs situations personnelles seront moins incertaines. La récession économique, qui était d’ailleurs déjà pressentie avant la survenue de la pandémie, laisse entendre que les économies européennes vont continuer à naviguer en eaux troubles pendant encore plusieurs mois.

Il n’est donc pas raisonnable de s’attendre à une résolution complète de cette crise avant la fin de l’année 2020. Tout laisse croire que le marché ne connaitra de réelle amélioration qu’à partir de 2021. L’industrie automobile aura sûrement changé d’ici là, puisque l’impact de la pandémie est voué à s’inscrire dans la durée.

Peu importe la stratégie adoptée par les acteurs du marché, qu’il s’agisse de constructeurs ou de petits et grands équipementiers. Tous doivent impérativement se préparer à affronter un environnement incertain et instable. La réussite de la reprise passera forcément par une réorganisation lente mais minutieuse de la chaîne d’approvisionnement mondiale.

La filière automobile mondiale pourra cependant bénéficier de son poids économique massif. Son redémarrage sera forcément positif pour la situation financière individuelle de bien des ménages à travers le monde. La reprise de la production à un taux normal signera probablement le retour de la confiance des consommateurs quelques temps après.

Il est cependant encore trop tôt pour déterminer s’il s’agira bien d’un retour à la croissance « en V », comme l’espèrent certains experts, ou bien d’une reprise plus graduelle, en escaliers. Sa survenue et ses modalités dépendent enfin en partie de la mise au point d’un vaccin efficace, qui lèverait bien des contraintes à tous les niveaux de la filière. Une issue positive à la guerre commerciale sino-américaine serait également bienvenue.

 

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