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COVID-19 : les pétroliers et les pétrochimistes réduisent leurs investissements

25 mars 2020

Coronavirus : les pétroliers et les pétrochimistes réduisent leurs investissements

La pandémie de coronavirus et la chute des cours du brut inquiète les acteurs des industries pétrolière et pétrochimique. Ces craintes se traduisent par des réductions quasi-systématiques de leurs investissements dans le but de conserver des liquidités. Cette stratégie est particulièrement prévalente aux Etats-Unis, qui avaient jusqu’ici investi en masse dans l’exploitation du gaz de schiste.

Les complexes pétrochimiques dont la construction avait déjà démarré aux Etats-Unis verront bien le jour. La chute des cours du brut et la réduction inquiétante du ratio Brent/gaz naturel sont en revanche de grandes sources d’incertitude à long-terme pour les pétrochimiques.

Réduction des investissements des géants de la pétrochimie

Dow avait par exemple prévu des investissements capex à hauteur de 1.5 milliard de dollars en 2020, contre 2 milliards de dollars l’année précédente. Jim Fitterling, le CEO du groupe, vient cependant d’annoncer que cette cible ne serait probablement pas atteinte en raison des mesures de confinement prises par les Etats-Unis. Les ingénieurs et autres prestataires sont en effet bien moins disponibles et certains projets prennent donc du retard.

L’ajout de capacités de production (+ 500 000 tonnes/an) d’éthylène du cracker de Dow à Freeport, au Texas, n’est pour l’instant pas remis en question. Son démarrage, prévu au deuxième trimestre 2020, risque cependant d’être repoussé. D’autres projets risquent en revanche d’être reportés ou annulés, dont les ajouts de capacités de production d’éthylène (+ 130 000 tonnes/an) au Canada, prévus pour le 1er semestre 2021, et la construction d’un nouveau site de production de PE dans le golfe du Mexique (+ 600 000 tonnes/an) dont le démarrage est prévu pour le second semestre de 2022.

Shell a également annoncé l’arrêt temporaire des travaux de construction de son cracker de Monaca, en Pennsylvanie, dans le but de ralentir la propagation de l’épidémie de coronavirus. Le pétrolier n’a en revanche pas donné de dates prévisionnelles pour la reprise du chantier.

Saudi Aramco, le plus grand producteur de pétrole mondial, a également annoncé son intention de réduire ses investissements capex. Ces derniers vont passer de 35-40 milliards de dollars à 25-30 milliards de dollars. Ils seront donc inférieurs aux dépenses de ce type réalisées en 2019. Saudi Aramco a également fait savoir que ses budgets prévisionnels pour 2021 et les années suivantes sont remis en question.

Le pétrolier est pourtant l’un des plus ambitieux acteurs du marché en termes d’investissements dans la pétrochimie. Il avait en effet prévu plusieurs constructions et agrandissements de crackers en Arabie Saoudite, mais aussi en Chine, en Inde et aux Etats-Unis. Saudi Aramco avait d’ailleurs prévu de dépenser plus de 100 milliards de dollars au cours des dix prochaines années pour s’imposer sur le marché mondial de la pétrochimie.

ExxonMobil prévoit aussi de réduire considérablement ses investissements capex, ainsi que ses dépenses opérationnelles. La construction d’un cracker à Corpus Christi, au Texas, dans le cadre d’une coentreprise avec SABIC, et dont le démarrage est prévu pour le premier semestre 2022, peut donc être remise en question. Il en va de même pour un projet d’établissement d’un complexe pétrochimique en Chine.

PolyOne a enfin annoncé la possible rupture de l’accord d’acquisition des mélanges maîtres de Clariant. Robert Patterson, son CEO, a en effet expliqué lors d’une téléconférence avec les actionnaires de PolyOne, que l’accord comportait une clause clause relative aux événements indésirables majeurs (MAC) qui lui permet de renoncer à la transaction si besoin est. Si la décision n’a pas encore été prise officiellement, il est possible que l’épidémie et la récession qui risque de la suivre conduisent à l’annulation de cette acquisition.

Quel impact sur le marché européen des polyoléfines ?

En soi, le ralentissement des investissements des pétrochimistes et pétroliers basés aux Etats-Unis ne pose pas de danger immédiat aux acheteurs européens qui achètent leurs polyoléfines.

En effet, les Etats-Unis sont déjà capables de produire chaque année près de 7.7 millions de tonnes de PEHD, près de 8.8 millions de tonnes de PEBD-L, près de 3.2 millions de tonnes de PEHD et PEBD-L swing et près de 3 millions de tonnes de PEBD. Ces matériaux, largement produits à partir du gaz de schiste copieusement exploité par les pétroliers du pays, ont fait l’objet d’investissements massifs.

Ces derniers étaient alors motivés par des perspectives d’exportations, en particulier vers la Chine. La guerre commerciale sino-américaine a toutefois contraint les producteurs étasuniens de polyoléfines à trouver de nouveaux débouchés, notamment en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, mais surtout en Europe.

La pandémie de coronavirus va sans doute provoquer un ralentissement des marchés pétroliers, et donc de l’économie mondiale, qui risque plus que jamais d’entrer en récession. Cela signifie également que la demande des marchés situés en aval, à savoir la plasturgie européenne et d’ailleurs, va chuter. On risque donc d’assister à une guerre des prix plus violente entre les pétrochimistes basés aux Etats-Unis et leurs concurrents locaux en Europe.

Si cela sera forcément dommageable aux recycleurs de polyéthylène, cela le sera aussi aux producteurs européens de polyoléfines vierges. Ces derniers ont en effet de grandes difficultés à maintenir leurs marges à un niveau acceptable. Certains d’entre eux pourraient, à terme, décider d’arrêter certains de leurs sites de production en attendant que les prix ne remontent.

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