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Bilan des résultats trimestriels de la pétrochimie

15 novembre 2019

Le 3ème 2019 trimestre s’annonce mauvais pour la pétrochimie

Plusieurs pétrochimistes ont publié leurs résultats trimestriels la semaine dernière. Certains ont fait part d’une stagnation relative de leur activité, tandis que d’autres ont alerté sur des pertes significatives. Il en ressort que l’environnement macroéconomique actuel, teinté d’incertitudes tant en termes de commerce international que de conflits géopolitiques, a eu un impact sensible sur le secteur pétrochimique mondial.

Résultats dans un contexte économique défavorable

Le rapport sur les perspectives de l’économie mondiale publié  en octobre 2019 par le Fonds Monétaire International, révèle que la croissance économique globale a encore une fois revue à la baisse pour 2019. S’élevant à seulement 3%, elle est source d’inquiétudes car ce taux est le plus bas qui ait été observé depuis la crise financière de 2008.

Ce ralentissement s’est répercuté jusque dans le secteur pétrochimique mondial, qui est profondément chamboulé par l’incertitude générée par la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, le Brexit et la montée des tensions au Moyen-Orient. Les conflits observés depuis quelques mois dans le Golfe Persique ont provoqué des envolées successives des prix du pétrole, très volatils, qui ont entraîné des hausses de prix de certains produits pétrochimiques.

Les acteurs du secteur sont également confrontés à une forte baisse d’activité du secteur automobile en Asie et en Europe. Plusieurs pétrochimistes invoquent ce facteur particulier dans leurs rapports trimestriels respectifs pour expliquer la baisse de leurs recettes.

Coup de frein sur les ventes pour BASF

BASF, le plus grand fabricant de produits chimiques à l’échelle mondiale, a annoncé de bien mauvaises nouvelles lors de la publication de ses résultats pour le 3ème trimestre 2019. Son revenu opérationnel a en effet chuté de 24% entre les mois de juillet et de septembre.  Cette forte dégradation a d’abord été attribuée à une plus faible contribution des segments des matériaux et des produits chimiques, dont les ventes ont été inférieures à celles observées lors du trimestre précédent.

On remarque toutefois que la baisse des ventes la plus importante a eu lieu au sein de la division dédiée aux matériaux pétrochimiques. Sont notamment invoqués plusieurs cycles de maintenance et un taux d’utilisation oindre sur certains sites pour justifier ce ralentissement. Il en ressort également que la chute des prix de vente de certains produits a eu un fort impact sur les résultats trimestriels de BASF.

INEOS signale une baisse de son excédent brut d’exploitation

Le groupe INEOS a fait part d’une performance médiocre pour ce troisième trimestre, sur fond de faiblesse de la demande, d’incertitude liée aux droits de douanes dans le cadre de la guerre commerciale sino-américaine et du déclin économique du secteur automobile. INEOS aurait d’ailleurs été particulièrement impacté par le ralentissement de l’économie chinoise et le manque d’allant de ses clients du segment automobile sur l’ensemble du continent asiatique. La demande des marchés européen et nord-américain en polymères est quant à elle jugée stable.

Cette mauvaise conjoncture économique a contribué à faire chute l’excédent brut d’exploitation du groupe INEOS de 18% par rapport à ce qui avait été observé à la même période de l’année précédente.

La croissance de Dow ralentie par les prix du polyéthylène

Le rapport trimestriel de Dow met en avant une chute de 4% de ses ventes nettes, et ce malgré une augmentation des volumes. Cette dernière a été motivée par une forte hausse de la demande en Asie Pacifique ainsi qu’en Europe, au Moyen Orient, en Afrique et en Inde. Si Dow a bel et bien vendu plus de tonnes de polyéthylène au 3ème trimestre 2019 qu’à la même période de l’année précédente, le pétrochimiste a en revanche accusé le coup de la baisse des prix du matériau à l’échelle globale.

Les revenus trimestriels de Dow ont donc enregistré une baisse de 50% par rapport au 3ème trimestre 2018. Ces mauvais résultats sont assortis d’une chute de ses ventes nettes estimée à 15%, toujours par rapport à la même période de l’année précédente.

Résultats trimestriels les plus bas de la décennie pour SABIC

SABIC, le plus gros acteur saoudien du marché mondial des polymères, n’a pas échappé à la règle et a été impacté négativement par le contexte économique actuel. Ses profits trimestriels ont suivi la tendance baissière des prix des produits pétrochimiques observée tout au long du troisième trimestre 2019.

Il en a résulté une chute de près de 86% de ses profits par rapport à la même période de l’année précédente, soit ses résultats trimestriels les plus bas de la décennie. SABIC signale d’ailleurs une baisse de 23% de ses ventes nettes d’une année à l’autre.

Le pétrochimiste revient également sur l’impact de l’attaque de drones survenue au cours de l’automne 2019 sur plusieurs sites du raffineur Saudi Aramco. Si ces événements n’ont pas sensiblement influencé les résultats trimestriels de SABIC, ils ont néanmoins provoqué la perte de 400 000 à 500 000 tonnes de produits, ce qui pourrait à terme être reflété dans les publications du dernier trimestre de cette année.

Deux autres pétroliers saoudiens ont également publié des résultats peu encourageants. Yanbu National Petrochemical et Saudi Kayan Petrochemical ont en effet signalé des baisses de leurs profits par rapport à la même période de l’année précédente ( -70% et -73% respectivement).

Trinseo malmené par le plastic bashing

Les résultats de Trinseo s’inscrivent dans la même veine que les précédents. Le spécialiste des dérivés du styrène témoigne d’une baisse de 23% de ses ventes trimestrielles d’une année sur l’autre. Il invoque notamment des prix plus bas, motivés par la chute des cours des matières premières, et des volumes de ventes moins importants pour la plupart de ses produits.

Ses revenus nets se sont chiffrés à 22 millions de dollars US, soit 53 millions de moins par rapport au 3ème trimestre 2018.

Borealis globalement fragilisé, mais sain en Europe

Borealis a publié des profits nets estimés à 207 millions d’euros au troisième trimestre 2019, contre 279 millions d’euros à la même période de l’année précédente. Le pétrochimiste déplore notamment une baisse de la contribution de Borouge à ses résultats, qui pâtit des prix bas pratiqués sur le marché asiatique des polyoléfines.

Sa dette nette a cependant chuté de 121 millions d’euros au cours de ce trimestre, grâce à une bonne performance sur le marché européen et des dividendes satisfaisants chez Borouge. On en déduit que sa santé financière demeure bonne. Le pétrochimiste signe ainsi une performance satisfaisante mais s’attend à subir des tensions approfondies au cours du dernier trimestre 2019, avec notamment des marges amoindries sur les polyoléfines en Europe.

Vent mauvais pour la pétrochimie

Les plasturgistes le savent, le « plastic bashing » fait rage. Son impact est suffisamment étendu pour frapper les pétrochimistes. Ces derniers n’imputent cependant pas leurs résultats trimestriels décevants à ce seul phénomène. Décélération du secteur automobile à l’échelle mondiale, complications générées par la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis et prix bas pour les polyoléfines sont autant de facteurs qui dessinent une conjoncture défavorable pour la fin de l’année 2019.

D’autres acteurs majeurs du secteur, tels que LyondellBasell, Total ou encore ExxonMobil, ont ou vont publier leurs résultats pour ce troisième trimestre. Il est probable que ces derniers confirment la tendance déjà observée par leurs confrères, et tout laisse penser qu’elle se maintiendra au cours du premier trimestre 2020.