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Le coronavirus contamine le marché du plastique

11 mars 2020

Le coronavirus contamine le marché du plastique

La progression de l’épidémie de coronavirus en Europe défraie la chronique jusque sur le marché des polymères depuis que l’Italie est devenue l’épicentre de sa propagation sur le vieux continent. Si son impact n’a pas encore été quantifié à proprement parlé, la maladie génère tout de même des inquiétudes.

Les pétrochimistes ont notamment deux craintes. Ils redoutent d’une part de voir la demande de leurs marchés en aval chuter sur fonds de ralentissement économique temporaire et d’autre part d’être confrontés à la contamination de leurs collaborateurs. Certains d’entre eux ont déjà demandé à une partie de leurs employés de travailler depuis chez eux si leurs activités le leur permettent.

C’est par exemple le cas du site de San Donato Milanese, près de Milan, du major pétrolier italien Eni. Ses opérations ne sont pour l’instant pas impactées et la production est maintenue à un rythme normal.

Les monomères déjà impactés

Les cours du pétrole ont lourdement chuté en Asie le 9 mars 2020. Le baril de Brent de la Mer du Nord, qui est en fait la référence du marché, a vu son cours chuter de 25%, soit une perte de 50% de sa valeur depuis le 1er janvier 2020. Cela s’explique par la plongée de la demande chinoise suscitée par la mise en place de quarantaines et les fermetures imposées d’entreprises dans la province du Wuhan, en Chine.

Il s’en est logiquement suivi une baisse des cours du naphta et de ses dérivés. Les contrats européens sur l’éthène ont ainsi enregistré une baisse de 50 euros/tonne en début de mois, contre une réduction de 20 euros/tonne pour ceux sur le propylène. La baisse des cours du C3 s’est avérée moins violente en raison du déséquilibre entre l’offre et la demande observé depuis plusieurs semaines.

Le marché de l’éthylène se caractérise en revanche par une surabondance de l’offre pour ce matériau. Certains producteurs de C2 commencent donc à envisager de réduire les volumes produits par leurs crackers afin d’éviter d’inonder le marché et de pouvoir affronter une chute de la demande.

Les contrats sur le benzène s’étaient quant à eux fixés sur une baisse de 147 euros/tonne au tout début du mois. Le marché anticipait donc une forte baisse des cours du styrène, qui ont finalement chuté de 126 euros/tonne par rapport au mois précédent.

Les prix des plastiques sous pression

Les baisses des cours des différents monomères laissent imaginer que les prix de leurs dérivés vont également chuter au cours du mois. Cette perspective n’enthousiasme pas les producteurs de polyoléfines, qui ont préféré proposer des rollovers pour mars.

L’enjeu est particulièrement important pour les producteurs de polyéthylène. Ces derniers sont en effet confrontés à un effondrement de leurs marges depuis plusieurs mois en raison des importations massives de matériaux produits à moindre coûts aux Etats-Unis. Certains grades sont actuellement commercialisés à des prix à peine plus élevés que ceux des monomères. Les offres les plus basses atteignent 900 euros/tonne en mars.

Il n’est donc pas étonnant que ces derniers tentent de faire passer des rollovers auprès de leurs clients, afin de préserver et, dans certains cas, recouvrir un peu leurs marges. La même stratégie est adoptée par les producteurs de polypropylène, qui cherchent à retarder les baisses de prix, voire à les éviter totalement en mars. Il s’agit ici d’attendre le retour du printemps qui marquera le démarrage de la haute saison pour certaines applications et donc un sursaut bienvenu de la demande.

Il est cependant peu probable que leurs souhaits ne se réalisent. Plusieurs économistes ont en effet alerté sur la probabilité qu’une récession économique mondiale ne survienne suite à l’épidémie de coronavirus. Il est donc possible que certains fournisseurs ne finissent par accorder des baisses de prix afin de pouvoir vendre leurs lots.

La mise en place d’une taxe sur les emballages plastiques en Italie pèse également sur les marchés du polystyrène et du polyéthylène téréphtalate. Le projet européen, qui vise à en faire de même, constitue une autre source d’inquiétude pour les producteurs de ces matériaux et les plasturgistes qui les utilisent. A cela s’ajoutent les réglementations européennes qui visent à endiguer la mise sur le marché de certains emballages plastiques à usage unique.

Cela n’empêchera pas les producteurs de PET d’essayer de limiter les baisses de prix. Ils ont en effet dû absorber une chute de 10 euros/tonne en février. Leurs tentatives risquent d’être mises en échec car les fabricants d’emballages s’attendent déjà à une réduction de la demande sur leurs marchés respectifs.

La plongée des cours du styrène sera quant à elle forcément ressentie sur les prix du PS. Les chutes de prix devraient être comprises entre 50 et 70 euros/tonne. Certains producteurs pourraient toutefois ralentir temporairement leur production afin de rééquilibrer l’offre et la demande et prévenir des variations de prix trop importantes. Les quarantaines récemment mises en place en Italie constituent un véritable défi logistique et devraient fortement impacter la demande du pays pendant plusieurs semaines.

Le PVC fait de la résistance

Les producteurs et distributeurs de PVC ont quant à eux annoncé leur intention de maintenir leurs prix, voire dans certains cas de faire passer des hausses, et ce malgré la baisse des cours de l’éthylène. Ils comptent en effet profiter des importations limitées de matériaux et des réductions de production en cours ou à venir. Kem One a en effet déclaré une Force Majeure sur son site de production de PVC de Saint-Fons (France) le 19 février dernier.

A cet arrêt doivent également s’ajouter quatre cycles de maintenances en Europe : Ineos en Espagne et en Suède à partir du 16 mars prochain, ainsi que Mexichem à Marl. Ineos démarrera une autre maintenance en France le 23 mars. Ce sont en tout près de 900 000 tonnes/annuelles de capacités de production de PVC qui seront impactées entre 5 et 8 semaines.

Les plasturgistes européens devraient cependant être capables de résister à d’éventuelles hausses dans la mesure où l’épidémie pourrait retarder le retour de la demande saisonnière. Il peut donc être sage de réclamer des réductions en fin de mois pour les PVC.

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