Aller au contenu principal

09 juin 2020

Le coronavirus ébranle la Plasturgie

Avec des millions de cas répertoriés dans le monde et des dizaines de milliers de décès confirmés, la pandémie de coronavirus a provoqué l’arrêt de l’économie mondiale. La Réserve Fédérale des Etats-Unis annonçait début avril un programme d’aide aux PME et aux gouvernements locaux pour une valeur de 2,3 billions de dollars US. Ursula Von Der Leyen, l’actuelle Présidente de la Commission Européenne, réclamait de son côté la mise en place d’un « nouveau Plan Marshall » pour aider les industries européennes les plus durement touchées par la crise.

Parmi celles-ci se trouvent les donneurs d’ordre de nombreux plasturgistes. Retours sur l’impact que l’épidémie a eu sur plusieurs filières.

L’automobile à l’arrêt

Comme ce fut le cas quelques semaines auparavant en Asie, les constructeurs et les équipementiers automobiles européens ont été, dans de nombreux cas, contraints de cesser momentanément leurs activités, ou du moins de les réduire, au fur et à mesure que l’épidémie s’est propagée sur le continent. Renault, PSA, FCA, Michelin, Plastivaloire, Mahle Behr, A.M.I.S, Walor, Schaeffler, Magna, Volkswagen, Valeo, Faurecia, Bosch ou encore Plastic Omnium ont tous décidé de fermer certains de leurs sites européens de production. Ces différentes interruptions de la production ont provoqué des arrêts en cascades tout au long de la chaîne de valeur automobile. Il s’agissait, d’une part, de ne pas produire des pièces que personne n’allait acheter et, d’autre part, de respecter les règles de confinement imposées par plusieurs Etats.

La santé, déjà moribonde, du secteur, se trouve ainsi menacée. Forbes s’attend en effet à une baisse de 20 % de la demande en 2020. L’Acea (Association des constructeurs européens automobiles) dressait un bilan provisoire début avril. Elle estimait alors que ses membres venaient de réaliser une perte de près d’1,5 million de véhicules, ce chiffre comprenant les voitures particulières, les utilitaires, les poids lourds et les bus. L’Acea a donc demandé à l’Union Européenne et aux gouvernements nationaux de mettre en place des mesures de soutien financier pour le secteur. Si cette association n’a étudié que l’impact de l’épidémie et du confinement sur les constructeurs, les équipementiers plasturgistes sont également touchés.

L’aéronautique clouée au sol

La pandémie a provoqué l’effondrement du trafic aérien mondial. Air France-KLM a par exemple annulé près de 3600 vols pour le seul mois de mars, fermeture des frontières de nombreux pays oblige. Pour les constructeurs aéronautiques, cela ne signifie pas forcément des annulations de commandes. Y avoir recours s’avérerait coûteux pour les compagnies aériennes, tant en termes de temps que d’argent, et celles-ci pourraient préférer substituer des avions plus petits à leurs commandes initiales ou décaler leurs livraisons.

La donne n’est en revanche pas la même pour les équipementiers, qui s’approvisionnent souvent en pièces produites en Chine, ou dans d’autres régions aujourd’hui confinées. A cela s’ajoute les mesures françaises pour lutter contre l’épidémie, qui risquent de les contraindre à cesser momentanément leurs activités. Le secteur devrait être capable de surmonter cette crise, comme il l’a déjà fait en 2001, suite aux attentats du 11 septembre, et en 2008 alors que se déclarait la crise financière. Les plus petits acteurs et les équipementiers spécialisés qui dépendent d’une chaîne de valeur fortement mondialisée sont en revanche plus à risque. La filière devrait donc y laisser quelques plumes, sans forcément aller au crash.

L’emballage plastique à plein régime

Entre la forte progression du commerce en ligne en raison du confinement, l’augmentation des achats alimentaires sous l’effet de la panique et l’évidente explosion des besoins des systèmes de santé européen, la demande pour les emballages a explosé, y compris pour ceux en plastique. Emmanuel Guichard, le délégué général d’Elipso, qui représente les fabricants français d’emballages en plastique pour le secteur agroalimentaire, estimait fin mars que la demande pour ce type de solutions avait augmenté de 30 %.

Il attribuait ce phénomène d’une part à la réduction de la fréquentation des restaurants et d’autre part à la volonté des donneurs d’ordre de se constituer des stocks d’emballages. Plusieurs adhérents d’Allizé-Plasturgie, actifs dans le secteur des cosmétiques, se sont joints à l’effort national de lutte contre l’épidémie. C’est par exemple le cas de PRP Création et d'Albéa, qui ont orienté leurs activités vers la fabrication de bouteilles pour conditionner du gel hydroalcoolique.

La fabrication additive au secours du médical

Si un secteur a su tirer son épingle du jeu lors de la crise du coronavirus, c’est bien celui de la fabrication additive. De nombreux secteurs industriels se sont emparés du procédé et des polymères pour fabriquer des équipements de protection individuels pour les soignants et des dispositifs médicaux destinés aux personnes infectées. Une étude publiée en février par la revue scientifique The Lancet révélait la corrélation entre la disponibilité de ventilateurs et les taux de guérison. Plus ces équipements sont nombreux, plus les chances de survie des patients sont élevées. Les spécialistes de la fabrication additive se sont donc logiquement imposés comme une solution immédiate pour les hôpitaux européens qui se sont rapidement trouvés confrontés à une pénurie de ventilateurs et de pièces pour ces derniers, notamment des valves. Ont également été produits en masse des masques et des visières de protection.

Le constructeur d’imprimantes 3D Stratasys a notamment mis en place une « coalition » mondiale, réunissant près de 150 entreprises et universités, pour produire des visières. Boeing, Toyota, Medtronic et l’Université du Minnesota faisaient notamment partie de la liste. Le pôle de compétitivité français EMC2 a également recensé les capacités de ses adhérents afin de permettre l’utilisation de leurs équipements pour répondre aux besoins des hôpitaux.

L’initiative Les Visières de l’Espoir s’est organisée autour de nombreux partenaires industriels pour répondre à la demande des établissements de Santé. L’Oréal, HP, 3D Prod, Kreos, Carrafont, BASF et le Paris Saclay Hardware Accelerator se sont ainsi lancés dans l’impression de visières supplémentaires. Il s’agissait d’identifier et de mettre à disposition des machines capables de fabriquer des feuilles PET, APET et PA12, ainsi que d’avoir recours, si possible, à l’injection plastique pour augmenter les volumes de production.

Allizé-Plasturgie et le Cirfap se sont d’ailleurs joints à l’initiative pour produire des visières à l’aide de la Plateforme Fabrication additive et de l’atelier technique.

À lire aussi