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Augmentation mondiale de la consommation de pétrole

28 novembre 2019

Pétrochimie : la demande de pétrole brut va augmenter malgré l’augmentation des taux de recyclage

L’Agence internationale de l’énergie a publié début novembre son rapport annuel World Energy Outlook. Il est notamment avancé que les taux de recyclage mondiaux vont exploser au cours des décennies à venir. Paradoxalement, la demande de pétrole brut de l’industrie pétrochimique devrait, elle aussi, continuer à augmenter.

Augmentation de la demande de plastiques recyclés

L’AIE explique dans son rapport que la progression en volumes du recyclage des plastiques constituera un facteur clé de la réduction de la demande mondiale de produits chimiques au cours des prochaines années. Cela devrait logiquement entraîner une baisse des émissions de CO2 causée par la production de ces matériaux.

L’augmentation des taux de recyclage mondiaux, dans le cadre de l’avènement d’une véritable économie circulaire des plastiques, contraindra les pétrochimistes à faire preuve d’adaptabilité, puisqu’une partie de la demande globale de polymères va se reporter sur un autre segment : celui des matériaux recyclés. Certains le font déjà, via des investissements massifs dans le recyclage chimique.

Deux scenarii, une conclusion

Le rapport propose deux scenarii. Le premier, intitulé « Stated Policies Scenario », s’articule autour des engagements déjà pris par différents Etats en termes d’utilisation et de consommation des ressources énergétiques, en particulier des énergies possibles. Ces politiques sont d’ailleurs susceptibles d’évoluer drastiquement en fonction de l’urgence liée au réchauffement climatique et de la poussée, de plus en plus prégnante, de la société civile en faveur d’une économie plus verte. *

Le second scenario, baptisé « Sustainable Development Scenario », a quant à lui été construit autour des exigences de l’Accord de Paris de 2015, qui visait justement à limiter l’impact du réchauffement climatique. Cette deuxième piste s’attache à développer une approche stratégique pour répondre aux impératifs de qualité de l’air, d’accès à l’énergie et de maintien du climat fixés par l’accord international.

Les deux scenarii s’accordent toutefois sur une chose : la demande mondiale de pétrole brut va augmenter.

Impact des politiques d’économie circulaire

Si les gouvernements étatiques actuels multiplient les stratégies et les projections pour lutter contre la progression du réchauffement climatique, tout laisse penser que l’utilisation du pétrole brut va croître jusqu’à au moins 2025. La pétrochimie mondiale a en effet beaucoup investi au cours des dernières années, notamment aux Etats-Unis, en Chine et au Moyen Orient où les nouveaux sites prolifèrent.

Les Etats-Unis sont d’ailleurs en train de s’imposer en tant qu’épicentre pétrochimique mondial. Ces derniers ont en effet réalisé des investissements massifs dans l’exploitation du gaz de schiste afin de produire de l’éthylène à bas coût. Les derniers sites de production de C2 et de polyéthylène devraient démarrer d’ici 2023.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, seulement 15% des plastiques sont actuellement recyclés à l’échelle mondiale. Plusieurs initiatives politiques ont été, et vont être, prises afin de limiter la mise sur le marché de produits plastiques à usage unique. C’est déjà le cas en France et, plus largement, en Union Européenne. On observe également des stratégies similaires au Canada ou en Asie.

Ce revirement politique vis-à-vis des plastiques devrait logiquement mener à une diminution de la consommation mondiale de pétrole. Il faut toutefois tenir compte de la forte croissance économique de certains pays en voie de développement. Ces derniers constituent des marchés à fort potentiel pour la pétrochimie, en raison d’une forte demande motivée par l’émergence d’une véritable classe moyenne. Ces régions ont, dans le même temps, des taux de recyclage particulièrement bas qui plombent la moyenne mondiale.

L’AIE estime qu’il serait possible de réduire la consommation mondiale de pétrole brut de 1.7 millions de barils par jour si le taux de recyclage mondial atteignait 35% d’ici 2040. Cela n’empêcherait cependant pas une augmentation de l’utilisation du pétrole comme matière première pour la production de plastiques de 3 millions de barils par jour entre 2018 et 2040.

Ce paradoxe trouve sa source dans la croissance démographique des puissances économiques de demain. Cette dernière s’accompagne d’une forte urbanisation et donc d’une poussée fulgurante du secteur du BTP dans ces régions. L’AIE préconise donc le choix de solutions durables permettant de réduire les émissions de CO2 tant au cours du cycle de production que du cycle de vie du produit. Il convient alors de concevoir des solutions de long-terme, pouvant être recyclées ou réutilisées.

Impact des stratégies de développement durable

Le secteur pétrochimique mondial devrait a priori continuer à consommer massivement du pétrole brut, et ce même dans les scenarii où les solutions les plus durables et circulaires sont adoptées.

Dans ce second scenario, l’industrie pétrochimique constitue le seul secteur économique mondial dont la demande de pétrole brut est encore en augmentation, et ce malgré une progression de 15% à 35% du taux de recyclage global des plastiques d’ici 2040. Sa consommation pourrait en effet atteindre 15 millions de barils par jour en 2050, toujours selon les prévisions de l’AIE.

Le recyclage des plastiques constitue ici une source clé de la réduction des émissions de CO2 à l’échelle mondiale, car il encourage une progression dramatique des taux de collecte des déchets plastiques et des taux de rentabilité du recyclage de ces derniers, et motive enfin un report de la demande en matériaux vierges vers le segment des plastiques recyclés.

D’après l’AIE, le taux de rentabilité du recyclage des plastiques devrait passer de 75% en 2017 à 85% en 2050. Plus optimiste encore, deux tiers de la demande mondiale de matériaux plastiques devraient être occupés par le recyclé en 2050. Atteindre de tels niveaux de production et de consommation de plastiques recyclés nécessite toutefois des avancées technologiques dramatiques.

La fin de l’or noir

Si la consommation mondiale de pétrole brut devrait vraisemblablement continuer à augmenter au cours des décennies à venir, tout laisse penser que le marché ne sera pas aussi porteur qu’il ne l’est aujourd’hui.

En effet, seuls les secteurs de la pétrochimie et, dans une moindre mesure, des transports (sans compter les véhicules transportant des passagers) devraient voir leur demande de pétrole augmenter sur cette période.

Plus largement, l’Agence internationale de l’énergie anticipe un ralentissement de la demande mondiale à partir de 2025 avant qu’elle ne se tasse définitivement à partir de 2030. La consommation de pétrole du fret ferroviaire et aéronautique va en effet continuer à progresser mais les innovations dans le secteur automobile vont permettre d’autre part une réduction de la demande des conducteurs. A cela s’ajoute la transition vraisemblable vers les véhicules électriques ou hybrides.

A l’heure où les pétrochimistes multiplient les annonces d’investissement dans le recyclage chimique, on peut anticiper un changement de paradigme pour le marché mondial des polymères. Se détacher du pétrole signifie cependant un changement du contexte de fixation des prix. S’il est possible que la santé de notre planète y gagne, reste à savoir ce qu’il en sera des plasturgistes.