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Les 6 grandes tendances des prix du plastique 2020

09 avril 2020

Prévisions : les 6 grandes tendances du prix du plastique pour 2020

Si 2019 a été marquée par une certaine incertitude pour les producteurs européens de plastiques, il semblerait que 2020 s’apprête à être encore plus mouvementée. Vous trouverez dans cet article les prévisions du service Intelligence économique d’Allizé-Plasturgie pour vous aider à mieux anticiper vos achats.

Retour sur 2019

2019 s’est révélé être une année riche et compliquée pour le marché européen du plastique. La guerre commerciale a continué de faire rage, déviant des volumes de polyoléfines produits aux Etats-Unis vers l’Europe, alors qu’ils étaient à l’origine destinés à la Chine. Le marché du polystyrène et du polyéthylène téréphtalate a quant à lui accusé le coup du « plastic bashing ».

Les polyamides 6.6 ont bien vus leurs prix baisser suite à la fin de la crise, déclenchée en 2018 par l’arrêt de production du site de Chalampé, sans toutefois passer en-dessous de la barre des 3000 euros/tonne. Les prix des polycarbonates ont en revanche chuté continuellement tout au long de l’année. Les prix du POM ont également suivi une tendance baissière à partir de juillet 2019, après avoir fortement augmenté entre février et mars.

Ces tendances se sont maintenues au premier trimestre 2020, mais ces trois premiers mois ont également été ponctués par l’escalade des tensions dans le Golfe Persique, une certaine atténuation des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, un profond désaccord entre les membres de l’OPEP et la Russie et, bien entendu, l’épidémie de coronavirus. Que réserve donc cette nouvelle année aux acheteurs de polymères ?

Turbulences à l’horizon pour l’éthylène et le propylène

L’incertitude demeure la grande maîtresse du marché européen des oléfines. Les capacités de production mondiales d’éthylène et de propylène ont en effet sensiblement augmenté ces dernières années, notamment aux Etats-Unis et en Chine. Ces nouveaux volumes sont cependant confrontés à une demande moribonde des marchés situés en aval, sur fonds de tensions géopolitiques et de risque de récession économique.

Les nombreuses maintenances de crackers d’éthylène et de propylène prévues en 2019 par les pétrochimistes n’ont pas suffi à compenser les volumes produits aux Etats-Unis, qui ont finalement inondé le marché européen tout au long de l’année. Les producteurs d’oléfines n’ont donc pas pu s’appuyer sur la réduction espérée de leur offre pour faire remonter leurs prix.

A cela s’ajoute une demande bien moindre qu’attendu. La demande en éthylène, qu’elle provienne du secteur de polymères ou d’autres marchés, était légèrement plus élevée que celle en propylène, mais pas suffisamment pour que les producteurs locaux n’y laissent pas de plumes. Les prix relativement élevés pratiqués en Europe ont en effet attiré les offres extrêmement compétitives de fournisseurs basés ailleurs dans le monde. 2019 s’est donc caractérisé par une surabondance de l’offre en oléfines.

La situation ne devrait guère évoluer en 2020. Si le réchauffement des relations entre la Chine et les Etats-Unis laissait penser en début d’année que certains volumes produits aux Etats-Unis pourraient être rédigés vers leur destination initiale, le coronavirus a violemment rebattu les cartes en fermant une nouvelle fois les portes de l’Empire du Milieu, cette fois pour cause de fermetures de sites de production.

On peut donc s’attendre à ce que le déséquilibre entre l’offre et la demande se maintienne pendant une bonne partie de l’année. Les capacités de production mondiales d’éthylène vont en effet encore augmenter, avec 4,3 millions de tonnes supplémentaires qui doivent démarrer en Asie. Plus largement, de nombreux autres crackers devraient être construits et lancés entre 2020 et 2024 en Amérique du Nord et en Asie.

Pour rappel, quelques 9,5 millions de tonnes annuelles d’éthylènes supplémentaires auront été installées aux Etats-Unis sur la période 2017-2020. Les investissements nécessaires pour construire ces nouveaux sites de production ont été motivés par les perspectives d’exportation en masse vers la Chine. Ces volumes ont depuis été redirigés vers l’Europe, l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est. Ils ont néanmoins été accompagnés par l’installation d’un nouveau terminal d’export à Morgan Point, aux Etats-Unis.

Ce dernier, officiellement ouvert en décembre 2019, est capable de charger 1 million de tonnes d’éthylène par an et doit tourner à 60% de ses capacités jusqu’à ce que les derniers équipements de stockage réfrigéré ne soient installés courant 2020. Cela signifie que les volumes de C2 produits aux Etats-Unis pourront être expédiés plus rapidement.

La menace est donc réelle pour les producteurs européens d’éthylène et de propylène. Il faut donc s’attendre à ce que ces derniers ne décident de réduire leurs taux de production d’oléfines afin de réguler l’offre et protéger leurs marges, déjà très fragilisées.

Il est également possible que certains d’entre eux annoncent la fermeture définitive de quelques crackers, dans la mesure où les importations en provenance des Etats-Unis viendraient à se pérenniser.

Une telle situation pourrait rapidement s’avérer problématique pour les acheteurs européens de propylène, qui ont plutôt tendance à privilégier les transactions spot. Une réduction brutale de l’offre de C3 pourrait faire repartir les prix à la hausse si jamais la demande revenait en force.

Le cycle européen de maintenances pour ces matériaux n’a quant à lui rien d’inhabituel, et sera moins lourd que celui annoncé en 2019. Il faudra toutefois prendre en compte les différents arrêts prévus en Asie, qui risquent de provoquer des réductions ponctuelles des volumes importés.

Polyéthylènes : 2019 n’était-elle que la partie visible de l’iceberg ?

Les prix des polyéthylènes ont atteint leurs niveaux les plus bas depuis dix ans au cours du dernier trimestre 2019, et ce aussi bien en Asie, en Europe, en Turquie qu’en Afrique. L’année passée s’est caractérisée par des chutes de prix successives pour ces matériaux, et certains grades sont encore aujourd’hui proposés au prix du monomère. Reste à savoir si cette tendance se maintiendra en 2020.

La cause de ces chutes de prix est claire : la surabondance de l’offre de polyéthylène en Europe est avant tout causée par des importations massives de matériaux produits aux Etats-Unis. Le pays de l’Oncle Sam a en effet exporté près de 8 millions de tonnes de PE vers le vieux continent entre janvier et octobre 2019. A cela s’ajoutent les tentatives de déstockage agressives des producteurs basés aux Etats-Unis observées sur la fin d’année. En tout et pour tout, ces importations ont augmenté de 20% en volumes entre 2018 et 2019.

LyondellBasell, Sasol et Formosa devaient, si ce n’est pas déjà fait, enclencher de nouvelles capacités de production de PE aux Etats-Unis entre décembre 2019 et le premier trimestre 2020. Ces nouveaux sites ont une capacité annuelle cumulée de 1,5 million de tonnes. Chevron Philips, Motiva et Bayport Polymers doivent également achever la construction et le démarrage de sites de production supplémentaires entre le second semestre 2020 et 2021. Il est donc peu probable que ces derniers ne mettent un terme à leurs exports vers l’Europe au cours de l’année à venir, et ce même si la guerre commerciale sino-américaine prend fin.

En effet, plusieurs sites de production de polyéthylène ont également démarré en Chine en 2019, pour une capacité annuelle totale de 5 millions de tonnes. 3 millions de tonnes supplémentaires doivent également être enclenchées en 2020.

La Russie a elle aussi vu éclore de nouvelles capacités de production de PE l’année dernière, à haute de 2 millions de tonnes annuelles. La Malaisie prévoit quant à elle d’ajouter 1 million de tonnes annuelles de polyéthylène en 2020.

Une trêve, ou la fin de la guerre commerciale sino-américaine, ne changera donc rien au fait que l’offre mondiale de polyéthylène est largement supérieure à la demande. Les producteurs basés aux Etats-Unis devront également entrer dans une compétition féroce avec les pétrochimistes basés au Moyen-Orient s’ils comptent encore s’imposer sur le marché chinois.

Les marges réalisables en Europe sur les polyéthylènes sont également plus importantes que celles pouvant être réalisées en Asie. Les producteurs étasuniens ont donc tout intérêt à continuer à grignoter des parts de marché dans la région.

Dans la mesure où le coronavirus fait planer la menace d’une récession économique globale et ne fait que déprimer une demande déjà peut vivace, les acheteurs européens de PE n’ont pas vraiment de raisons d’anticiper de fortes hausses de prix en 2020. Il faudrait en effet un redémarrage économique majeur pour que la demande et l’offre mondiales de polyéthylène ne retrouvent leur équilibre.

Il leur faudra toutefois suivre de près les décisions de leurs fournisseurs basés en Europe, qui risquent d’arrêter la production de certains de leurs sites, de façon momentanée ou définitive. Cela pourrait se traduire par le retrait du marché de certains grades qu’il sera difficile de remplacer.

La chute du polypropylène

Les acteurs du marché européen du polypropylène s’attendaient à assister à des hausses de prix en 2019 en raison d’un calendrier de maintenances assez chargé. Si l’offre a bien été impactée négativement par ces arrêts ponctuels, ces derniers n’ont pas engendré de hausses de prix.

La demande de PP s’est en effet considérablement réduite en raison du fort ralentissement du secteur automobile, qui est l’un des plus gros consommateurs de ce matériau. La crise actuelle du COVID-19 risque de compliquer les choses pour l’industrie automobile européenne et mondiale. En revanche, la production globale de polypropylène est en passe d’accélérer.

Plusieurs nouveaux sites de production de PP ont en effet démarré au dernier trimestre 2019 dont :

  • 680 000 tonnes de capacités annuelles supplémentaires en Inde
  • 1.1 millions de tonnes de capacités annuelles supplémentaires en Chine
  • 500 000 tonnes de capacités annuelles supplémentaires en Russie
  • 900 000 tonnes de capacités annuelles supplémentaires en Malaisie

D’autres ajouts massifs sont également attendus d’ici la fin 2021 :

  • 11.7 millions de tonnes de capacités annuelles supplémentaires en Chine
  • 2.4 millions de tonnes de capacités annuelles supplémentaires en Asie (hors Chine)
  • 2.5 millions de tonnes de capacités annuelles supplémentaires au Moyen-Orient
  • 1.6 millions de tonnes de capacités annuelles supplémentaires en Amérique du Nord
  • 80 000 tonnes de capacités annuelles supplémentaires annuelles en Europe

Il est possible que certains de ces ajouts de capacités ne voient finalement pas le jour si l’économie mondiale entre en récession. Cela ne changera cependant rien au fait que la demande risque d’être moribonde tout au long de l’année. Il faudrait alors un retournement total de la situation pour que les prix du polypropylène n’augmentent en Europe.

Il est en effet peu probable que l’industrie automobile ne redémarre et que les carnets de commande de équipementiers ne se remplissent rapidement. Il faut également tenir compte du mouvement du « plastic bashing », qui engendre une certaine prudence chez les acheteurs des fabricants d’emballages agroalimentaires. On peut en revanche s’attendre à voir les investissements se multiplier sur le segment des polypropylènes recyclés, et potentiellement la multiplication des rachats de recycleurs par les constructeurs automobiles.

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