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"Recyclage et éco-conception"

22 janvier 2020

Recyclage chimique : où en sommes-nous ?

Les derniers chiffres de PlasticsEurope sur la production de déchets plastiques en Europe témoignent d'un franc retard en matière de recyclage. Les politiques européennes et françaises sont en revanche très ambitieuses, et il apparaît que le recyclage mécanique, bien qu'indispensable à la réussite de ces dernières, ne suffira pas. Cet article vous propose de faire le point sur les actualités récentes du recyclage chimique, un procédé de plus en plus mis en avant dans la course à l'optimisation de la gestion des déchets plastiques en Europe, et dans le monde.

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Vous allez consulter la suite de l'article "Recyclage chimique : où en sommes-nous ? " du numéro de Janvier 2020 du Plastilien, le magazine d'Allizé-Plasturgie. 

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PlasticsEurope a publié début janvier 2020 les chiffres de la production de déchets plastiques post-consommation en Europe pour l’année 2018. Il en est ressorti que le taux européen de recyclage de ces déchets a progressé : il a atteint 32.5% contre 31.1% en 2016.

La France est en retard. L’étude révèle en effet que seuls 24.2% de nos déchets plastiques post-consommation sont recyclés, alors que la valorisation énergétique, d’ailleurs en progression, concerne 42.6% des volumes produits en 2018.

Les différentes politiques d’économie circulaire des plastiques, en passe d’être mises en place en Union européenne et en France, ont placé le recyclage sous le feu des projecteurs. L’UE souhaite en effet recycler 50% de ses déchets plastiques d’ici 2025 et 55% d’ici 2030. La France est bien plus ambitieuse : il s’agit de recycler 100% des déchets plastiques d’ici 2025, contre 22% en 2016.

Le recyclage mécanique, et en particulier la filière qui l’exploite, se retrouve donc confrontée à des objectifs titanesques. Comment collecter, trier, nettoyer et traiter des milliers de tonnes de déchets fabriqués à partir de matériaux différents et issus de secteurs divers ? Si développer ce pan de l’économie est une obligation, il faut aussi pouvoir s’appuyer sur d’autres procédés pour pouvoir répondre aux objectifs fixés. C’est là que le recyclage chimique entre en scène.

Plastics Europe décrit le recyclage mécanique comme « un processus de transformation des déchets plastiques en matières premières secondaires sans changer significativement la structure chimique de la matière ». L’organisation ajoute qu’à l’heure actuelle, ces procédés sont à l’origine de plus de 99% des polymères régénérés en Europe.

Le recyclage chimique est quant à lui désigné comme « un processus qui modifie la structure chimique des déchets plastiques en les convertissant en molécules plus courts prêtes à être utilisées pour de nouvelles réactions chimiques ». Les avantages ? Pouvoir recycler des déchets qui ne peuvent pas être traités par des procédés mécaniques et, éventuellement, permettre l’utilisation de matières plastiques recyclées dans des applications de contact alimentaire.

Retour sur les dernières actualités du secteur du recyclage chimique

Création d’une plateforme dédiée au recyclage chimique du polystyrène

La plateforme Styrenics Circular Solutions a été créée par les producteurs de polymères dérivés du styrène en 2017. Elle a pour objectif principal de construire un ou plusieurs sites de recyclage chimique de déchets en polystyrène en Europe. Il s’agit pour ce faire de mener des études à l’aide de groupe de travail en France, en Allemagne, en Italie, en Belgique et en Espagne.

La plupart des producteurs mondiaux de polystyrène en sont membres.

Accélération dans les PS-E

Total et Ineos Styrolution ont tous les deux annoncé, à quelques jours d’intervalle en mai 2018, leur volonté de recycler chimiquement les déchets en PS-E.

Total a pour sa part signé un accord avec Polystyvert, une société canadienne ayant mis au point une technologie de dissolution chimique. Les matériaux, purifiés, issus de l’exploitation de ce procédé, pourront ensuite être polymérisés à nouveau pour proposer des grades aux propriétés équivalentes à celles du vierge.

Ineos Styrolution s’est de son côté accordé avec Agilyx Corporation, une société étasunienne, pour pouvoir utiliser la technologie de dépolymérisation du PS-E de cette dernière. Le pétrochimiste s’engageait notamment à aider au développement de la première exploitation d’Agilyx, basée en Oregon, où peuvent être actuellement traitées 10 tonnes de matériaux par jour.

Construction d’un site de recyclage chimique au Royaume-Uni

ReNew ELP, une société britannique, a annoncé quelques jours plus tard son intention de construire son premier site commercial de recyclage chimique à Wilton, au Royaume-Uni. Ce dernier utilisera la technologie « de rupture » Catalytic Hydrothermal Reactor (Cat-HTR), afin de transformer des pièces plastiques en pétrole ou en substances chimiques autres.

La technologie Cat-HTR conjugue des jets d’eau à haute pression et des températures très élevées pour traiter aussi bien les déchets plastiques que des pneus usagés. Les matériaux retrouvent en fait leur structure originale, c’est-à-dire des monomères, qui peuvent ensuite être réarrangés pour créer d’autres substances.

Le site aura une capacité de production annuelle de 20 000 tonnes par an. Il est déjà prévu de l’agrandir pour atteindre 80 000 tonnes par an.

LyondellBasell collabore avec l’Institut de Technologie Karlsruhe

LyondellBasell annonçait au printemps 2018 son intention de collaborer avec l’Institut de Technologie Karlsruhe (KIT) afin de faire avancer le recyclage chimique des plastiques.

Leur association a pour objectif de développer un nouveau procédé de catalyse, ainsi que d’autres technologies, afin de déconstruire les déchets plastiques post-consommateurs, tels que les emballages. Les monomères ainsi obtenus seront ensuite polymérisés à nouveau.

Bob Patel, CEO de LyondellBasell, a récemment insisté sur l'intention du groupe de se concentrer sur le recyclage chimique, tant à travers des partenariats que par le développement de technologies propres.

Le pétrochimiste est d’ailleurs est en train de construire une ligne pilote pour le recyclage moléculaire sur son site italien de Ferrara. L'objectif est de pouvoir recycler un jour les déchets post-consommation à une échelle commerciale.

Loop Industries en tête de file

Loop Industries, une société canadienne, a fait le buzz en juin 2018 en mettant en avant sa technologie de recyclage chimique du PET. Les matériaux ainsi obtenus, commercialisés sous la marque Loop™, ont des qualités comparables à celles du vierge et peuvent être utilisés pour le contact alimentaire.

Le modèle économique de Loop Industries se base sur la mise en place d’une véritable économie circulaire. L’entreprise s’attache en effet à capter des déchets en PET à faible valeur, voire à valeur nulle, en plus des bouteilles et des emballages traditionnels. La couleur, la transparence et l’état du déchet ne constituent plus des freins à son recyclage.

Sa technologie, exploitée dans le cadre d’une coentreprise avec le leader du PET Indorama, a rapidement trouvé un premier client de taille. C’est en effet PepsiCo qui a annoncé la signature d’un accord d’approvisionnement pluriannuel afin d’intégrer les rPET de Loop Industries dans ses emballages à partir de 2020. Une annonce similaire a été faite quelques semaines plus tard par Coca-Cola, via son Cross Enterprise Procurement Group.  La société a aussi créé un partenariat avec le groupe plasturgiste Aptar.

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