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économie - TiO2 - prix

15 mai 2018

TiO2 : quelles perspectives pour 2018 ?

Nombreux sont les plasturgistes confrontés aux variations de prix du dioxyde de titane, une substance présente dans plusieurs colorants et également utilisée pour garantir l'opalescence des pièces. Les cours de ce matériau sont influencés par de nombreux facteurs. Le Service Intelligence Economique vous propose ici une revue des différents éléments pouvant influencer les prix du TiO2 en 2018.

L’année précédente dans le rétroviseur

2017 avait démarré sur une note d’incertitude pour les grands acteurs du marché. Iluka Resources, un géant de l’industrie minière présent sur le marché mondial du TiO2, avait déclaré lors de sa conférence téléphonique sur ses résultats que ses carnets de commandes avaient été moins remplis en 2016. Les prévisions pour 2017 étaient pessimistes : des ventes moindres pour l’année à venir, et encore moins pour 2018. D’où une stratégie d’augmentation des prix de la part des producteurs afin de récupérer leurs marges.

La Chine a également perturbé le marché l’année dernière. La nouvelle législation environnementale sur les émissions de CO2 a impacté négativement plusieurs petits producteurs. Cela a créé des tensions d’approvisionnement. On notera également que l’interdiction de l’exploitation minière des sables minéraux lourds à Tamil Nadu, en Inde, a impacté le marché en réduisant les volumes disponibles.

Cristal, Huntsman et The Chemours Co ont augmenté leurs prix pour le dioxyde de titane de 225 à 250 dollars US/tonne en 2017. Les producteurs asiatiques ont suivi le mouvement et ont également imposé des hausses de prix, bien que celles-ci furent moins importantes. Les prix pratiqués par Ishihara Sangyo Kaisha Ltd. ont par exemple enregistré une augmentation de 150 dollars US/tonne sur l’année.

En plus de l’annonce de la potentielle fusion entre Tronox et Cristal, Huntsman a également perturbé le marché mondial en préparant la création d’une nouvelle société pour ses pigments et additifs. Ainsi fut créée Venator Materials Corp., qui regroupe deux divisions : l’une pour le dioxyde titane et l’autre pour les additifs de performance. Une fusion avait ensuite été annoncée entre Huntsman et Clariant mais celle-ci a depuis été avortée.
 

Hausses et incertitudes

La flambée de prix du dioxyde de titane et les pénuries observées en 2017 laissaient entendre que les complications allaient perdurer l’année suivante. On s’attendait en effet à des hausses continues pour 2018, mais le premier trimestre s'est achevé sur une note de stabilité. Les acheteurs de TiO2 ont eu tendance à maximiser leurs stocks, limitant ainsi les augmentations de prix.

Plasturgistes ou non, la plupart des acheteurs actifs sur le marché du TiO2 s’accordaient il y a quelques mois pour dire que la tendance haussière des prix se maintiendrait en 2018. Ces prévisions sont aujourd’hui incertaines, et les augmentations ont de plus en plus de mal à s’imposer. Cela s’explique à la fois par un phénomène d’anticipation des acheteurs, qui ont rempli leurs stocks au maximum afin de s’épargner des commandes plus coûteuses dans le futur, et la remise en question d’une fusion-acquisition majeure, qui aurait fortement consolidé le marché.

La maintenance du site chinois de Panzihua, qui a eu lieu au cours de l’hiver dernier, a également poussé les distributeurs et les autres producteurs à constituer des stocks de dioxyde de titane.  Les régulations sur la qualité de l’air poussées par le gouvernement chinois incitent également ces comportements. Certains producteurs basés en Chine, d’où est issue une grande partie de la production mondiale, risquent en effet de devoir arrêter momentanément leurs lignes. Acheteurs et vendeurs aux stocks bien fournis se font donc face, ce qui n’est pas favorable à une hausse de la demande.
 

Gare aux géants

Les perspectives de consolidation du marché, bien que toujours incertaines, font tout de même craindre le retour de la volatilité des prix. Tronox cherche en effet à reprendre Cristal, un autre géant du dioxyde de titane, pour 1,67 milliards de dollars US. Cette fusion créerait un véritable mastodonte, lui donnant un réel pouvoir sur la fixation des prix. La société ainsi créée contrôlerait en effet onze sites de production de TiO2 dans huit pays différents, pour une capacité annuelle totale de 1,3 millions de tonnes.

Cette transaction permettrait également à Tronox d’obtenir la part de marché la plus importante à l’échelle mondiale, notamment sur la production de TiO2 nord-américain et européen. Les autorités américaine et européenne ont pour l’instant du mal à se laisser convaincre. Tronox a donc dû reculer les délais d’accord jusqu’au 1er janvier 2019, et a abandonné mi-mars son procès contre la US Federal Trade Commission (FTC). Cette mesure juridique avortée avait pour ambition d’accélérer la fusion. 

Les plasturgistes sont particulièrement concernés par les variations de prix du dioxyde de titane. Ce matériau est en effet quasiment irremplaçable pour rendre les pièces opaques, et est inévitablement présent dans la composition de plusieurs pigments. Plusieurs adhérents d’Allizé-Plasturgie ont signalé un apaisement des tensions de ce marché au cours des derniers mois. Les prix demeurent cependant assez élevés, et il est pour l’instant peu probable que des baisses aient lieu. Il est donc important de se tenir au courant de l’actualité de Tronox, qui pourrait à terme engendrer une explosion des prix.
 

Acier : la menace des nouvelles régulations environnementale chinoises

Les nouvelles régulations environnementales imposées par le gouvernement chinois pourraient entraîner une réduction de la production d’acier. Cela engendrerait également une diminution de la production de dioxyde de titane.

En effet, l’ilménite, un sous-produit de la magnétite, fait partie des matières premières utilisées dans la fabrication du TiO2. 90% de l’ilménite produite en Chine est issue des activités minières liées à l’exploitation de la magnétite. D’après ICIS, une unité d’ilménite est produite toutes les 10 à 50 unités de magnétite. Cette dernière est cependant utilisée dans la production d’acier et pourrait bientôt tomber indirectement sous le coup des nouvelles régulations environnementales du pays.

La réduction prévue de la production chinois d’acier, et potentiellement celle de l’ilménite, aura forcément un impact plus ou moins fort sur le marché du TiO2. Les capacités de production du matériau devraient s’en trouver sensiblement réduites, dans un contexte de pénurie mondiale déjà bien établie. On peut donc s’attendre non seulement à de nouvelles hausses de prix, mais également à des difficultés d’approvisionnement supplémentaires à long-terme.