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Total, vers une industrie plus verte et renouvelable

20 octobre 2020

Total se mue en leader du renouvelable

La stratégie de Total mise sur la diversification de ses activités, à condition que celles-ci soient renouvelables. Si le géant français place de plus en plus ses pions sur le marché de l’énergie verte, il a dernièrement secoué le monde de la pétrochimie à grand renfort d’annonces détonantes.

Total renoncerait-il au pétrole ?

C’est annoncé : Total va cesser de raffiner du pétrole brut sur son site français de Grandpuits afin de convertir ce dernier en site de production de plastique biosourcé. Grandpuits fabriquera donc de l’acide polylactique (PLA) à partir de sucre, mais aussi des biocarburants.

Cette transition suppose un investissement capex de 500 millions d’euros, et inclura aussi la construction d’une unité de recyclage chimique. Pour couronner le tout, et bien ancrer la position de Total comme leader du renouvelable à l’international, le site sera en partie alimenté grâce à l’énergie solaire.

Du plastique biosourcé « made in France »

Ce nouveau site de production de bioplastique sera en fait le fruit de la coentreprise 50/50 de Total avec le coréen Corbion. La société, nommée Total Corbion PLA, a d’ailleurs déjà construit un autre site en Thaïlande.

L’unité française, dont la production à l’échelle commerciale doit officiellement démarrer en 2024, aura une capacité annuelle de 100 000 tonnes. Le matériau produit pourra être utilisé pour la production de films et d’emballages, ainsi que pour d’autres applications industrielles. Total justifie cet investissement massif par le taux de croissance de la demande européenne de PLA, qui serait de 15% par an selon les chiffres du groupe.

Total mise sur le recyclage chimique

Total n’est pas le premier pétrochimiste européen à miser sur le recyclage chimique, et s’était également imposé sur le marché du recyclage mécanique du polypropylène (PP) au premier trimestre 2019, en rachetant la société Synova dont les produits visent principalement des applications automobiles.

Le site de recyclage moléculaire de Grandpuits sera construit en partenariat avec Plastic Energy, et Total en sera l’actionnaire majoritaire, avec 6% des parts. Cette unité doit permettre au pétrochimiste d’atteindre les objectifs ambitieux qu’il s’est fixé. Total souhaite en effet que 30% des polymères qu’il produit chaque année soient issus du recyclage, et ce dès 2030. Le groupe n’a en revanche pas donné de date officielle pour le démarrage du site, mais il devrait être opérationnel en 2023.

L’unité utilisera une technologie de pyrolyse, qui lui permettra d’obtenir un liquide appelé « Tacoil » à partir de déchets plastiques. Cette substance sera ensuite utilisée pour produire des polymères dont les propriétés techniques et esthétiques seront en tout point similaires à celles des polymères vierges. Ils seront donc utilisables pour des applications de contact alimentaire. Le site devrait avoir une capacité de production annuelle de 15 000 tonnes par an. Les huiles de pyrolyse « Tacoil » sont d’ailleurs déjà utilisées avec succès au sein de la plateforme pétrochimique de Total à Anvers.

Du pétrole brut au bioraffinage

La raffinerie de Grandpuits traite près de 100 000 barils de pétrole brut par jour. Selon John Murray, le directeur de la recherche sur les véhicules électriques du cabinet de consulting Delta-EE, les routes européennes pourraient accueillir 40 millions de voitures électriques en 2030, contre 2 millions aujourd’hui. De telles prévisions de croissance laissent évidemment entrevoir un avenir bien sombre pour l’or noir, en tout cas dans les réservoirs.

Il est donc logique pour Total de chercher à reconvertir certaines de ses raffineries. Particulièrement lorsque le Green Deal de l’UE prévoit une décarbonisation totale des Etats membres à l’horizon 2050. Grandpuits est donc vouée à produire du diesel renouvelable. Ce dernier sera produit à partir de graisses animales et d’huiles végétales, qui n’incluront pas l’huile de palme.  

Total espère ainsi produire 400 000 tonnes de biocarburants par an. 170 000 seront destinées au marché de l’aviation et 120 000 au secteur automobile. Le site produira aussi du naphta renouvelable, à hauteur de 50 000 tonnes par an, pour produire des plastiques biosourcés.

Total renoncerait aux plastiques

L’agence de presse Reuters a révélé le 7 octobre dernier que Total aurait décidé de vendre ses activités de production de résines plastiques afin d’augmenter ses liquidités pour financer ses investissements dans les énergies renouvelables.

Total travaillerait à cette fin avec le Crédit Suisse. La transaction pourrait se chiffrer à 500 ou 600 millions d’euros, en incluant les dettes des activités concernées. Les acheteurs prospectifs seraient avant tout des sociétés de capitaux privés.

Sont concernés par la transaction les additifs chimiques, les produits chimiques de spécialités hydrocarbones et les résines utilisées pour produire des adhésifs, du caoutchouc synthétique, des revêtements et des polymères.  L’ensemble de ces produits, dont certains appartiennent à la marque Cray Valley, ont des applications sur les marchés de l’énergie, de l’impression, de l’emballage, de la construction, des pneus et de l’électronique.

Total, leader de la décarbonisation

Total est actif sur le marché de l’énergie depuis déjà des décennies, et compte bien profiter de la hausse prévue de la demande d’électricité à l’échelle mondiale. Il lui faut pour cela décarboner sa production et s’imposer sur les divers segments des énergies renouvelables, à grands renforts d’investissements.

Le groupe est déjà présente sur le marché du gaz et de l’électricité B2B en France, en Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne, et sur le marché du B2C en France et en Belgique. Total investit d’ailleurs entre 1,5 et 2 milliards d’euros chaque année pour booster sa production. La majorité de ces sommes servent de plus à aaméliorer les technologies solaires et éoliennes.

Pour Total, l’enjeu est d’être le producteur, le fournisseur et l’installateur pour chaque utilisateur final. Cela lui est possible grâce à l’acquisition de Lampiris en 2016 (Belgique) et de Direct Energie (France) en 2018. Ces transactions se sont accompagnées d’un défi particulier : proposer des solutions d’énergie verte à bon prix aux particuliers et non plus seulement aux grands industriels.

Le rachat de Direct Energie a fait passer le nombre de clients gaz et électricité de Total de 1,5 million à 4 millions du jour au lendemain. Leur nombre ne finit pas d’augmenter depuis, et qui s’intègre parfaitement dans la stratégie énergéticienne du groupe sur 15 ans.

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