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12 juin 2020

3 questions à Philippe Cha, Directeur général opérationnel de LFP

Depuis plus de 40 ans, la Française des Plastiques est le spécialiste de la transformation de matières plastiques par extrusion gonflage, injection plastiques par extrusion gonflage, injection plastique et chaudronnerie plastique. Philippe Cha nous explique comment ils font face à la crise du covid-19.

Depuis l'entrée en vigueur des mesures du confinement le 17 mars, comment vous êtes-vous organisé(s) en interne pour maintenir l'activité de LFP

Nous étions avancés dans un process visant à obtenir une certification BRC lop, une norme spécifique à l'agroalimentaire pour maintenir l'intégralité sanitaire des packagings agro-alimentaires. Comme nous fournissons des conditionnements pour l'alimentaire nous devons garantir la meilleure qualité de nos produits. Nous étions donc en pleine démarche avec des travaux à l'appui pour que par exemple, personne n'ait accès à l'usine sans passer par des portillons, sans besoin d'être badgé. Nous n'avons pas eu le temps de finaliser la totalité de la démarche mais l'avions entamée depuis un an et nous avions déjà ces règles strictes d'hygiène. Des travaux récents ont permis d'installer des détecteurs pour que les portes vitrées s'ouvrent devant vous. Ainsi, les salariés n'ont plus à toucher les poignées des portes, un peu comme dans les hôpitaux. Nous avions donc déjà une partie du travail effectué qui a permis que nous ne soyons pas surpris des mesures à mettre en place dans le cadre de la protection face au Covid-19. 

Dans un premier temps, nous avons bien évidemment placé une partie de nos salariés en télétravail, toutes les équipes commerciales, une partie de l'ADV, les équipes administratives, de comptabilité et d'accueil. Avant la suppression de l'accueil, des distances de protection d'un mètre ont été inscrites au sol. Nous avons fermé le site en laissant un affichage indiquant qu'il fallait appeler pour pouvoir rentrer. Nous avons aussi imposé des flux pour organiser les prises de pause, enlevé la moitié des chaises des réfectoires, laissé toutes les portes ouvertes (bureaux compris) pour celles qui ne sont pas automatiques et cela jusqu'à ce que tout le monde soit parti afin d'éviter que les salariés, les uns après les autres, ne se servent des poignées de portes. Comme nous avions déjà vécu le H1N1 en étant dans l'agroalimentaire, nous avions déjà cette culture. Ce plan de continuation que nous avions réalisé en plusieurs étapes a été remis à jour et diffusé aux ateliers. Nous avions anticipé un plan de situation quelques jours avant l'annonce du confinement avec la fermeture des établissements scolaires. Une des dernières étapes du plan consiste à ce qu'un salarié reste sur place pour une durée de trois jours puis un autre salarié arrive pour prendre le relais et reste trois jours à son tour et nous nous succéderions ainsi. Cette dernière étape, se met en place seulement si nous venons à avoir un salarié touché. Ceci représente le niveau supérieur, la phase maximale du plan. 

Pour le moment, nous nous croisons de manière simultanée, nous avons limité le nombre de personnes autorisées dans les bureaux, les réunions s'effectuent éventuellement dans deux bureaux distincts par téléphone. Un audit des bureaux a été réalisé pour indiquer le nombre de personnes autorisé par bureau. Quand nous avons besoin d'effectuer des grandes réunions, nous sommes trois par bureaux et utilisons le téléphone depuis chaque salle. C'est toute une logique de confinement dans l'entreprise que nous avions déjà, que nous avons remise au goût du jour et que l'on a un peu plus poussée car la possibilité de contagion du H1N1 n'était pas aussi importante que celle du Covid-19. Concrètement, nous avons isolé les postes, appris aux salariés à s'éloigner, géré les heures d'arrivées dans les vestiaires, lieux les plus importants, pour éviter que tout le monde arrive en même temps. Toutes ces règles ont permis le maintien de l'activité sur certains secteurs. 

De quelle manière la crise sanitaire impacte-t-elle votre entreprise ? 

Aujourd'hui, nous tournons à 60 % de notre activité normale. Tout ce qui pouvait être arrêté a été arrêté car nous faisons aussi le pari du confinement, on ne fait pas venir nos salariés pour rien. Notre équipe informatique a aussi développé dans l'urgence des systèmes VPN car nous n'avions pas assez d'outils. Nous avons fait du Teamviewer, du TSE. Plusieurs outils ont été développés et tout cela en 2-3 jours. A la fin de la semaine du 12 mars nous étions déjà en configuration. Nous avons anticipé dès que l'on a vu ce quil se passait à Mulhouse. On a capitalisé, remis à jour et intensifié. Nous avons continué à travailler pour les secteurs du médical et du paramédical, notamment pour un client qui fabrique des sprays d'eau de mer car même si cela ne paraît pas vital, ils sont dans des démarches très sécurisées. Les salariés portent des masques, les portes sont automatiques, ils ont déjà le réflexe de beaucoup de se laver les mains donc pour eux rien n'a changé et ils avaient besoin d'être livrés. En termes d'impact, nous avons aussi dû faire face au stress des salariés. Des salariés ont associé le virus à l'entreprise et c'est très dur de leur dire qu'il y a plus de chance d'attraper le virus dans une grande surface, chez le pharmacien ou quel que soit le lieu d'ailleurs que dans l'entreprise où les mesures sanitaires sont élevées. 

Comment vous êtes-vous mobilisés pour que l'entreprise participe à "l'industrie de guerre" ? 

Nous avons été sollicités par l'antenne locale de Plasti-Ouest qui nous a saisis, lundi 30 mars, pour faire passer une demande urgente de l'hôpital de Nantes qui a un besoin de tabliers en plastique. Nous avons une commande de 450 000 tabliers à faire en urgence. Donc on met des ressources spéciales en place, on ressort les machines du placard. On fait 450 000 tabliers pour venir en soutien à l'hôpital de Nantes et continuer parallèlement de livrer nos clients. Aujourd'hui, des produits phares comme les tabliers sont identifiés pour le secteur médical mais il y a aussi tout ce que l'on ne voit pas pour le secteur agroalimentaire. Des clients comme : Lactalis, Fleury-Michon, les abattoirs d'Intermarché, la Brioche Dorée, des sociétés agroalimentaires ont encore besoin d'être livrées. Ce qui est emblématique c'est qu'aujourd'hui on fabrique des sacs en plastique pour protéger des aliments, les transporter à travers la France pour qu'ils arrivent à la fin jusque chez vous. On a des clients qui nous demandent de ne pas arrêter de produire pour eux sinon leurs produits ne pourrons être livrés dans le respect des normes sanitaires, il y a une vraie valeur sanitaire derrière certains emballages. 

Par ailleurs, nous achetons des moules d'injections en Chine et avons des partenaires là-bas. Ces industriels nous ont proposé des masques chirurgicaux. Ainsi, on en approvisionne pour nos salariés. Même si l'Ouest n'est pas le plus touché en ce moment, nous avons très rapidement fait don d'une centaine de masques aux infirmières de ville qui étaient à l'agonie et n'avaient aucune protection pour aller soigner les habitants. Nous avons donné tout le peu de stock que nous avions à l'hôpital de Laval : des combinaisons, des masques, etc. Tout ceci de manière spontanée car tout le monde est impacté par ce virus. A noter que nous constatons l'augmentation des prix des masques : 25 centimes le masque au lieu de 2,07 centimes auparavant soit 10 fois plus cher que le prix ordinaire et faisons face à la naissance d'un double marché sur internet qui vend au premier venu des masques à 1,5 € l'unité...

La Française des Plastiques

  • CA : 48 M€
  • 2 activités : extrusion gonflage et injection (www.lfp-sa.com
  • Localisation 3 sites : 
    • 35680 Loouvigné de Bais 
    • 35680 Bais 
    • 85110 La Jaudonnière 
  • Date de création : 1972 par Alain Pigeon, Président
  • Date d'arrivée de Philippe Cha, Directeur général opérationnel : septembre 1994
  • Nombre de salariés : 230 CDI + 40 intérimaires 
  • Marchés : agroalimentaire, médical et paramédical, automobile, électronique et électricité, bâtiment (filtration de l'eau), + 800 clients. 

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