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Eric Delac, Dirigeant de Fresenius

27 août 2020

[Fier d'être plasturgiste] Eric Delac, Dirigeant de Fresenius

Pour la deuxième année consécutive, nous sommes allés à la rencontre de professionnels pour vous en proposer les portraits. Un focus pour ce numéro plus particulièrement sur les plus jeunes qui parlent avec passion de leur métier.

Eric Delac, Dirigeant de Fresenius

 

 

Je ne connais pas un seul produit qui pourrait prétendre filtrer le sang sans recours au plastique, avec des coûts de production abordables qui permettent de soigner tous les patients.

Eric Delac,Dirigeant de Freseniust

Pouvez-vous partager avec nous votre parcours professionnel ? 

J'ai démarré en 1985 au sein de l'entreprise Fresenius Medical Care Smad, qui s'appelait simplement Smad à l'époque, dans le département planification. Rapidement, j'ai évolué vers la techniques, les méthodes et l'atelier. Trois ans plus tard, je prenais en charge un atelier de dialyseurs avant de m'engager dans une formation d'ingénieur à l'Insa pour compléter mon DUT en génie mécanique. Après ces deux années d'étude, et mon diplôme en construction mécanique en poche, j'ai réintégré la Smad et repris une partie de la production avant de la gérer en totalité en tant que Directeur de production. En 2018, j'ai évolué vers la fonction Président de l'entreprise.

Qu'est-ce qui a été déterminant pour vous dans le choix de la plasturgie ? 

C'est le pur hasard. Lorsque j'étais étudiant à l'IUT, j'ai vu une offer d'emploi de la Smad, j'ai postulé et je suis arrivé ici. J'étais attiré par les méthodes et la mise au point d'outillage. La mécanique et l'automatisation faisaient partie de mes points d'intérêt, que j'avais pu explorer grâce à un stage en robotique. Je dois dire que j'ai toujours été passionné par la technique et les méthodes. A la fois pour optimiser les temps de production mais aussi pour mieux prendre en compte les personnes. Ce qui m'intéresse, c'est améliorer le travail pour les salariés et faire progresser la performance. J'aime écouter les gens et trouver des adaptations. Aujourd'hui encore, j'ai plaisir à aller dans les ateliers. 

Qu'est-ce qui vous stimule le plus dans votre métier ? 

Je crois que c'est toujours la recherche de la nouveauté et bien sûr le fait de diriger des équipes. Le fait d'appartenir à un groupe dans le domaine de la santé compte aussi. Manager des équipes m'a toujours plu. C'était déjà ce qui m'animait lorsque je travaillais dans un atelier, le fait d'avoir une équipe. Mon moteur c'est l'amélioration, le fait de réfléchir à comment on peut améliorer les choses. Dans ma fonction je dois aussi appliquer les directives du Groupe, les mettre en fonctionnement en quelque sorte. Et j'ai la préoccupation que tout le monde trouve sa place, que tous les services trouvent leur place. On sait où on est, où on veut aller et on fait face aux aléas. Il faut prendre à bras le corps ce qui nous arrive aujourd'hui dans cette crise sanitaire. Assurer la sécurité des personnes et livrer les patients. Finalement c'est vrai dans n'importe quelles circonstances. 

Quel est votre prochain challenge professionnel ? 

Je suis plutôt sur une fin de carrière mais j'ai une appartenance très forte à l'entreprise. J'ai 59 ans cette année. Nous avons réalisé de très nombreux projets pendant toutes ces années. Avant le rachat de Fresenius, nous avons connu des licenciements. Après les premiers investissements du Groupe, nous nous sommes retrouvés quelques années sur des produits avec des coûts de production élevés. A ce moment-là il y a eu une réduction de la gamme des produits et nous avons engagé des actions d'automatisation soutenues. Je pense que si nous ne l'avions pas fait, nous aurions disparu. Aujourd'hui, nous connaissons une croissance importante et nous avons la chance d'être le leader mondial. Nous avons réintégré l'injection qui avait disparu depuis une vingtaine d'années car nous produisons des volumes importants pour lesquels il est nécessaire d'optimiser les coûts. Nous avons encore de nombreux projets, des mouvements de machines et des lignes prêtes à démarrer sur 2021 et 2022 avec beaucoup de recrutements en cours : une centaine sur les deux prochaines années. C'est une motivation ! 

Comment vivez-vous la crise sanitaire du covid-19 ? 

Au niveau du Groupe nous avions été touchés début février avec une usine en Italie dans la zone où il y avait beaucoup de cas de contaminations Covid-19. C'est à ce moment-là que nous avons commencé à faire appliquer les mesures barrière et accru les précautions. Le 18 mars, avec l'annonce du Président de la République, cela a été un peu plus difficile. En France toutes les usines fermaient. Les gens étaient effrayés. Les salariés à ce moment-là ont pu avoir le sentiment que venir travailler c'était se mettre en danger puisque la consigne était de se mettre à l'abri. D'autant que nous avons connu deux cas de personnes atteintes dans l'usine. Nous avons échangé avec les représentants des salariés, discuté et rassuré les équipes. 

J'ai rappelé notre mission principale : livrer des produits à plus de 550 000 patients dans le monde entier. Chaque semaine plus 1.5 millions de bibag sortent de l'usine. Nous avons rencontré des défis logistiques avec des expéditions vers Taïwan par avion par exemple. De nombreux salariés très engagés ont continué. D'autres ont dû se mettre en quarantaine ou rester chez eux pour la garde de leurs enfants. Cela a été une période délicate. Au début, nous n'avions pas assez de masques pour en distribuer aux équipes. Mais nous avons martelé les messages de prévention. Nos ateliers sont assez grands et il est possible de garder ses distances. Dès que nous avons pu porter des masques, j'ai ressenti un réel apaisement. 

Nous avons beaucoup travaillé avec la CSSCT du CSE, mis en place une cellule de crise, un numéro de téléphone spécial et consacré beaucoup d'énergie pour la communication interne. L'encadrement s'est beaucoup impliqué et est très présent même le week-end. Au début de la crise, nous avons connu un absentéisme de 20 %. Il est de 14 % aujourd'hui. Nous avons arrêté une ligne de produits que nous allons redémarrer au mois de mai. Des salariés très engagés ont été volontaires pour revenir travailler en semaine et réaliser plus d'heures de travail. Mais il faut reconnaître que nous avons vécu une forme de psychose et les personnes comptaient sur moi, m'attendaient, me questionnaient et m'interpellaient beaucoup la première semaine. Je pense que la communication gouvernementale sur un mode "nous sommes en guerre" n'a pas forcément aidé les chefs d'entreprises. 

Aujourd'hui, c'est totalement apaisé et nous avons mis en oeuvre énormément de mesures pour la restauration des équipes par exemple (fermeture de la cantine, livraisons des repas, puis réorganisation des tables). Ce que j'ai remarqué c'est qu'il est difficile de faire respecter les consignes lorsque les personnes sortent de l'atelier. Les salariés étaient moins attentifs au début lorsqu'ils quittaient leurs postes. Ils respectaient moins les distances, se rapprochaient, échangeaient leur briquet au moment de la pause par exemple. Alors nous avons redoublé de vigilance, beaucoup répété et rappelé les consignes tracé des lignes au niveau des bancs et des chaises. Et je crois que c'est maintenant rentré dans les moeurs. 

Le fait de faire face à des individus qui appréhendaient les choses très différemment a été complexe également. Certaines personnes étaient vraiment paniquées alors que d'autres semblaient ne pas avoir entendu parler du virus. Pour les jeunes notamment, je crois que la prise de conscience a été plus longue. Des collaborateurs sont également en télétravail et nous avons généralisé les réunions Teams (pour le codir, les managers, etc.). Au niveau du Groupe, nous avons aussi des points réguliers avec toutes les directions des usines européennes. On constate que la situation est bien différente selon les pays. En Allemagne, par exemple ils n'ont pas eu de cas parmi les salariés et ne portent pas de masque. En Italie, ils ont connu peu de cas bien qu'ils se soient trouvés très proches des foyers de contamination et ont eu un faible absentéisme dans leurs équipes. 

Quelle est votre vision des perspectives pour notre filière ?

Pour ce qui nous concerne, nous sommes massivement utilisateurs de plastiques et nous n'envisageons pas d'en changer pour un autre matériau ou une autre technologie. Nous ne ressentons pas dans notre activité la remise en question, sans doute car dans le domaine de la santé (dialyseurs), l'opinion n'a pas la même perception pour les biens de consommation. Je ne connais pas un seul produit qui pourrait prétendre filtrer le sang sans recours au plastique, avec des coûts de production abordables qui permettent de soigner tous les patients. Les plastiques sont légers, faciles à transporter et à manipuler. Nos produits sont à usage unique pour des raisons évidentes d'hygiène. Mais dans certains pays en voie de développement, avec un protocole de rinçage strict et pour le même patient, ils peuvent être amenés à les réutiliser plusieurs fois pour des raisons économiques. 

Alors, fier d'être plasturgiste ?

En tout cas, je ne m'étais jamais posé la question inverse, c'est-à-dire pourquoi je serais-je pas fier ? Le plastic bashing, pour moi, c'est une prise de conscience récente et peut-être tardive mais en venant sur le Mondial des Métiers à Lyon, j'ai réalisé. C'est en discutant avec les autres professionnels que je m'en suis rendu compte. Le fait que le Président de la région parle des enjeux d'économie circulaire, que le sujet soit si présent. Mais on ne pas cesser de soigner les gens ? Qui remet en cause par exemple les seringues à usage unique ? En interne, nous retraitons les déchets avec l'aide d'un CAT pour séparer les matières. Mais après utilisation, nos produits sont souillés, ils deviennent des déchets hospitaliers. Ce que je vois c'est que nos salariés sont fiers de travailler dans l'atelier d'injection. Nos process se sont beaucoup modernisés : nous ne touchons plus les pièces sauf pour faire les contrôles. Nos ateliers sont très propres. Et c'est très agréable d'y travailler. C'est aussi une vitrine car nous sommes fiers de notre technologie. Nous mettons plus en avant le produit fini qui sauve la vie de quelqu'un que ce avec quoi il est constitué. La finalité, c'est de sauver quelqu'un. 

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