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Interview de Céline Laget, Directrice Générale de l'entreprise Sterne

17 juin 2020

Interview de Céline Laget, Directrice Générale de l'entreprise Sterne

Rencontre avec Céline Laget, Directrice Générale de l'entreprise Sterne implantée à Cavaillon-en-Provence. Créée en 1996, Sterne produit pour les marchés du médical et biomédical, de l'énergie et des transports (notamment ferroviaire et aéronautique), de l'industrie et de l'agroalimentaire.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ? 

J'ai une formation de gestion et commerce international qui ne me destinait pas à devenir chef d'entreprise. L'histoire de Sterne, c'est l'histoire d'une rencontre. Avec celui qui allait devenir mon associé, Jean-Claude Scardigli, nous habitons dans le même village. Entre sa formation technique et mon bagage, une idée a germé : créer notre propre entreprise. En effet, après la naissance de ma deuxième fille j'avais quitté mon poste de chef comptable dans un magasin d'ameublement. J'avais envie de faire autre chose et nous avons créé Sterne sur des compétences complémentaires. En définitive, mon entrée dans l'industrie, c'est une histoire de rencontre et d'amitié. J'ai appris "sur le tas" avec Jean-Claude. 

Pouvez-vous présenter votre entreprise, son histoire, son évolution et ses perspectives ? 

Comme je viens de le dire, nous sommes partis de l'envie de faire quelque chose pour nous. Jean-Claude avait une expertise dans les silicones, moi des bases de gestion et de commerce international. Nous nous sommes lancés "sans rien". Au début, nous étions des intermédiaires. Nous cherchions des fournisseurs pour distribuer des produits en France. Nous avons commencé à travailler avec Leewood. De fil en aiguille, nous avons commencé à développer des productions techniques, nous allions les mettre en oeuvre chez des fabricants. En 1999, nous avons acheté nos premières machines. Progressivement, nous nous sommes développés, avec de plus en plus de charges fixes et de personnel. Cela a été des années difficiles. 

En 2005, nous avons déménagé dans les bâtiments que nous occupons aujourd'hui. Au départ, nous les partagions avec une autre entreprise. Et surtout, nous nous sommes rapprochés d'un groupe canadien : le groupe MTI qui avait racheté Leewood. Nous savions que nous les intéressions et nous avions des besoins de financement. MTI a acheté 51 % des parts de la société avec une promesse de leur revendre le reste de nos parts à moyen terme. Il s'agissait d'une entreprise cotée au second marché de la bourse de Toronto. Cela nous a ouvert les portes du ferroviaire (salons, développement commercial, etc.) et puis cela nous a appris à fonctionner comme une grande entreprise (reporting, budgets, etc.) Ceci dit, cela ne nous a rien apporté au niveau industriel au sens strict du terme. Fin 2009, nous avons fini par être la dernière vision rentable du groupe. Nous avons alors racheté les 51 % et sommes redevenus indépendants ! 

Sterne est une entreprise très spécialisée dans des articles en silicone. Nous sommes un peu en marge de la plasturgie mais nous utilisons les mêmes machines, les mêmes process et avons les mêmes industries clientes. Nous connaissons une croissance constante, avec 11 M d'euros de chiffre d'affaires pour un peu plus de 60 salariés. Nous sommes assez spécialisés dans le secteur du médical (60 % de notre production). Nous ne réalisons que du sur-mesure que nous avons conçu conjointement avec nos clients. Par exemple, nous fabriquons des composants du cœur artificiel, des sondes gastriques ou des cathéters. Nous fabriquons ainsi une grande partie des composants en silicone des produits de l'entreprise Sartorius. Nous travaillons aussi dans le secteur ferroviaire et produisons des supports de planchers flottants (qui servent d'amortisseurs des mouvements et des sons). Nous avons une activité très variée et n'avons jamais une machine qui tourne à l'année sur la même production. 

Sur les 4 dernières années, nous avons connu une augmentation de 50 % de notre CA (soit une progression de 10 à 12 % par an). C'était ce que nous escomptions pour 2020... Evidemment compte-tenu de la crise sanitaire, je pense que les 10 % de croissance vont être difficiles à aller chercher. Nous avons déjà des clients fermés et je crains des défaillances de clients dans les mois qui vont venir. Nous sommes néanmoins sur des marchés qui sont porteurs et je ne pense pas que cela va mettre un terme à notre aventure. Nous avons une présence internationale à développer (35 % de notre CA est réalisé à l'export), même si cette année cela risque d'être compliqué. Nous avions et aurons je l'espère de belles perspectives en Amérique du Sud. Nous avons déjà des bons clients là-bas. Le Chili et le Brésil sont porteurs et notre technologie industrielle a beaucoup de choses à apporter là-bas. Culturellement, ce n'est pas difficile d'y aller et notre idée serait de nous y implanter. 

Je pense que nous avons la chance d'avoir construit une équipe qui grandit avec des gens motivés et impliqués. Dans la crise que nous traversons, nous avons su leur démontrer que ce qu'ils font cela sert à quelque chose. C'est important de savoir que les équipes se sentent concernées et de partager l'utilité de ce que nous faisons.

Qu'est-ce qui vous stimule le plus aujourd'hui dans votre métier de Directrice Générale de l'entreprise Sterne ? 

Je pense que nous avons la chance d'avoir construit une équipe qui grandit avec des gens motivés et impliqués. Dans la crise que nous traversons, nous avons su leur démontrer que ce qu'ils font cela sert à quelque chose. C'est important de savoir que les équipes se sentent concernées et de partager l'utilité de ce que nous faisons. En bref, c'est la dimension humaine qui me stimule le plus. Même si c'est aussi la plus délicate. Ce qui est parfois difficile c'est le recul qu'il nous faut prendre en tant que dirigeants par rapport aux difficultés personnelles de nos collaborateurs qu'ils ont parfois besoin de partager. Il ne s'agit pas de supprimer tous les affects bien entendu mais de rester concentrés et disponibles pour le pilotage de notre entreprise. Nous avons une responsable RH en temps partagé qui nous apporte beaucoup et qui me permet de ne pas être trop débordée. 

Comment pourriez-vous qualifier votre fierté professionnelle en tant que dirigeante de l'entreprise Sterne ? 

Nous avons une belle industrie. Une industrie qui fait des efforts et je suis convaincue que cela va finir par payer. J'ai moi aussi envie de contribuer à contrer le "plastic bashing". Bien entendu qu'il faut arrêter de gaspiller. Mais il ne s'agit pas de faire n'importe quoi de manière irréfléchie non plus. Je pense que nous industriels avons un gros challenge à relever et qu'il est pris à bras le corps. Je suis fière d'appartenir à Allizé-Plasturgie, un syndicat de la plasturgie. J'y rencontre des gens fantastiques et je constate que nous avons tous les mêmes préoccupations. Bien souvent, je trouve que les critiques sont injustes. C'est admirable la façon dont les industriels travaillent sur les enjeux d'économie circulaire. 

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