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Interview de Philippe Remenieras, Dirigeant de la société Vercors

06 avril 2020

Interview de Philippe Remenieras, Dirigeant de la société Vercors

Vercors fonde son développement sur l'amélioration continue des techniques et des process. Ses compétences sont basées sur la formation des équipes, la responsabilité sociétale où l'humain reste le moteur du progrès.

Pouvez-vous nous parler un peu de vous et de votre parcours professionnel ?

Je suis titulaire d’une maîtrise de géographie physique ce qui me prédestinait plus à rejoindre ma passion pour la montagne que de faire carrière dans la plasturgie ... En parallèle de mes études à la Sorbonne, je travaillais dans une entreprise de transformation de mousses et de produits cellulaires. Au retour de mon service militaire, j’ai intégré l’entreprise qui m’avait accueilli et j’ai donc commencé à travailler dans l’industrie de transformation des matières plastiques délaissant mes projets initiaux sans jamais renoncer à ma passion pendant les week-ends et les congés.

Après cette première expérience, j’ai rejoint le groupe Carpenter, leader mondial dans la fabrication de mousses polyuréthane. J’y ai passé 22 ans dans différentes fonctions opérationnelles : chef de produits, commercial, responsable d’unité et responsable de business unit pour les activités auto et véhicules industriels. Je n’ai pas ressenti de grande différence entre mon statut de salarié et de chef d’entreprise en dehors de la question de la prise de risques. J’étais en effet déjà dans une organisation très autonome, responsable de mon propre centre de profit.

J’ai racheté Vercors en 2006 à la barre tribunal, alors qu’elle était en liquidation. J’avais la volonté de revenir au terrain (production, organisation) et d’allier dans cette initiative la notion patrimoniale pour construire quelque chose pour ma famille. J’avais aussi envie de tester tout ce que j’avais pu apprendre pendant ces années. A cette époque Vercors était une société de plasturgie de sous-traitance pure avec peu ou pas de bureau d’études et de service clients. Nous avons redémarré cette activité en introduisant de la conception, de l’accompagnement clients et du co-développement. Une équipe jeune est venue me rejoindre pour partager cette aventure avec une majorité de femmes. 13 ans après nous continuons à travailler ensemble et une grande partie de l’équipe initiale a rejoint le Codir.

En quoi cette politique de recrutement vous tient-elle à cœur ?

Parce que j’avais fait toute ma carrière dans un environnement essentiellement masculin. Je ne me suis pas imposé le choix de la parité ou de ne recruter que des hommes, mais au fil de mes recrutements j’ai détecté des forts potentiels chez les personnels féminins. Nous sommes passés de 8 personnes en 2006 à 30 personnes aujourd’hui et d’un CA de 700 000 euros à 4,2 M.

Qu’est-ce qui vous a conduit vers la filière plasturgie et composites ?

Ce sont des personnalités, des rencontres, l’adhésion à des projets humains qui ont changé mon parcours initial.

Pouvez-vous nous présenter Vercors et votre vision de l’avenir pour votre entreprise ?

L’objectif pour notre entreprise pour moi, a été d’explorer comment l’on pouvait transformer une entreprise inscrite dans un schéma du passé pour l’emmener vers une nouvelle vision. Elle avait connu de fortes pertes et je voulais me prouver que nous pouvions lui donner un nouvel élan. Au travers de la mise en place de principes de base : la réintégration de l’ensemble des profits générés dans l’activité, une forte politique d’investissement et une démarche volontariste de recherche et de développement. L’objectif n’était pas de générer des dividendes en première intention. J’ai toujours eu une réflexion à très long terme et une vision de constitution d’un patrimoine industriel. Au départ, nous n’avions même pas de concours bancaires ! Très vite nous avons eu une démarche d’optimisation des coûts et de réalignement de nos prix de vente. Avec les marges dégagées et les profits, nous avons réinvesti chaque euro.

Quelles sont les spécificités de votre métier / activité qui vous enthousiasment le plus au quotidien ?

En priorité c’est le travail en équipe, la relation à l’autre en interne ou externe. Mon moteur c’est ça ! Juste derrière c’est la gestion des aléas et la recherche de solutions. Je vis cela comme une aventure perpétuelle. Comme en montagne : avec les changements de météo, la fatigue, le stress, le plaisir de l’objectif atteint. Et d’ailleurs la pratique de la montagne m’aide au quotidien dans mes pratiques de chef d’entreprise.

Vous êtes investi dans des actions d’attractivité et vous menez de nombreuses démarches vis-à-vis des jeunes. Qu’est-ce qui vous motive ?

Vous ne croyez pas si bien dire : aujourd’hui et demain je suis au salon de l’étudiant à Valence. J’ai beaucoup « souffert » du regard des autres quand j’ai choisi ma voie industrielle et technique. Les filières techniques n’étaient pas reconnues, on avait peu ou prou une image « dévalorisée ». Tout au long de ma carrière j’ai toujours milité pour convaincre les jeunes du bien-fondé des filières techniques. Ce sont des métiers passionnants où on est dans le concret. Nos réussites et nos erreurs, nous les voyons assez souvent rapidement. Concevoir une pièce en équipe, l’imaginer puis la voir sortir d’un moule, c’est pour moi une des plus grandes satisfactions qui soit.

Alors, je m’investis beaucoup et je milite auprès des jeunes pour leur expliquer que moi aussi j’ai eu 18 ans et que je rêvais d’être guide de haute montagne pas plasturgiste. Pourtant je suis heureux et épanoui de mon parcours et je pratique ma passion le WE. J’essaye de faire passer ce message à plusieurs niveaux : en étant présent sur les salons, en allant dans les lycées. Je fais intervenir notamment des jeunes alternants qui travaillent à mes côtés. Pour qu’ils montrent aux jeunes et à leurs parents que la vie en usine n’est pas du tout ce qu’ils imaginent. Nos usines sont sécurisées, propres et l’Homme est au cœur de l’activité. Et cela sera de plus en plus le cas avec les nouvelles technologies. Nos environnements de travail sont de plus en plus confortables et ils sont passionnants !

Nos usines sont sécurisées, propres et l’Homme est au cœur de l’activité. Et cela sera de plus en plus le cas avec les nouvelles technologies.

Quelle vision avez-vous du développement d’une économie circulaire ? Que pensez-vous de l’interdiction du plastique à usage unique ?

La phase de transition est enclenchée. C’est difficile d’évaluer si cet objectif à 20 ans (2040) est un timing cohérent mais nous avons la possibilité de réaliser cette transition sans impact trop néfaste sur l’emploi et notre industrie. Nous avons la chance de pouvoir avoir un timing qui nous permette de nous réorienter. D’autres industries / métiers n’ont pas eu cette chance lorsque l’on pense au textile, à la sidérurgie ou encore à la photographie. C’est nécessaire qu’en parallèle dès à présent nous ayons une réflexion dans chacune de nos actions pour réduire notre impact et bien optimiser nos processus avec un regard dépassionné purement technique : écoconception, impact carbone, etc. En toute objectivité et en sortant d’un regard trop exacerbé. C’est le moment de se poser les bonnes questions !

Quel est votre ambition pour notre filière ?

Que l’on traite notre filière comme elle le mérite en termes de reconnaissance de tout ce qu’elle apporte : santé, transports, sport. Le « plastic bashing » n’apporte pas de solution et nous sommes désignés à la vindicte populaire. J’aimerais que la population prenne conscience de tous les atouts des plastiques et du confort apporté à l’homme dans son quotidien. En tant que plasturgistes, nous avons une responsabilité sociétale et environnementale. Cela passe aussi par des actions concrètes et pas seulement par des actions de communication et de « lobbying ».

Fier d’être plasturgiste, qu’est-ce que cela évoque pour vous ?

En termes de carrière, je suis fier d’avoir travaillé dans cette filière avec toute la contribution de nos technologies (médical, aéronautique, transport, énergie). J’ai travaillé sur des projets qui ont amélioré le confort de la société et de mes proches. Je suis fier des technologies que nous avons développées, de l’allègement des matériaux, du recyclé, et des bio matériaux. Fier d’avoir travaillé avec de très belles personnalités et contribué à ce que des familles vivent, investissent et se développent. Fier de l’outil que je laisserai et de l’histoire qui va continuer.

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