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13 décembre 2019

Design industriel, retour sur les évolutions avec la Cité du design de Saint-Etienne

Le design industriel est une activité née de l’industrie. Son histoire est à mettre en relation avec les innovations technologiques, les enjeux de la société et les objectifs des entreprises. De la révolution industrielle au design contemporain, nous avions à cœur d’évoquer avec la Cité du design de Saint-Etienne les évolutions du design industriel. Acteur actif des éco-systèmes de design, à l’échelle régionale, nationale et internationale, la Cité du design de Saint-Etienne se pose comme référence. Entretien avec Olivier Peyricot, Directeur du pôle recherche et des éditions de la recherche.

En préambule, pouvez-vous nous expliquer la notion de design industriel ? 

Le design industriel est né en même temps que la révolution industrielle. Avant de porter ce nom de « design », il a été un art décoratif appliqué aux objets issus de l’industrie. Par exemple l’école de dessin de Saint-Etienne a été financée par les industries de l’armement au début du XIXe siècle pour appliquer des motifs végétaux sur les fusils de chasse. Le mot design arrive tardivement en France, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale sous l’impulsion de Jacques Viennot. Plus tard le design industriel devient le design produit, sous influence du marketing et des techniques commerciales. 

Quelle est votre vision de l’existant ?

Aujourd’hui le design industriel est une approche qui est située au plus près de l’outil industriel et des systèmes techniques impliqués dans les processus industriels. Les designers sont parfois en agences externes ou en interne au sein des équipes de conception (ingénierie, modélisation, techniciens).
Les designers restent des généralistes dont le rôle est de coordonner plusieurs savoir-faire au service d’un projet. C’est un rôle qui consiste à composer au sens de mettre ensemble des réponses à des contraintes et des besoins.

Comment les évolutions technologiques et les nouveaux usages, besoins de la société ont-ils influencé le design produit?

Les designers ont vu leur métier évoluer à travers de multiples champs disciplinaires : design produit, design d’espace, design écosocial, design des politiques publiques, etc. Ces mutations du métier -sous l’impulsion et le débarquement dans la société des nouvelles technologies- ont apporté de nouvelles ressources de compréhension des enjeux. Ainsi, l’observation des usages et des pratiques ont été resituées au sein de la pratique comme un passage obligatoire pour définir des scénarios de conception. Le rapport à la technologie a été d’une certaine façon inversé, là où autrefois la réponse était la technique, les designers ont posé en préambule la question « pour quoi faire ? ». 

Dans quelle mesure le design peut-il contribuer de façon décisive à la création de valeur d’une entreprise ?

La valeur est associée pour moi à la qualité de la question posée, c’est le cœur de la notion d’entreprenariat industriel : pour quoi faire ? Le design en appuyant naïvement peut-être sur ce point qui est une fragilité permet d’engager une nouvelle façon de faire. La valeur se décuple alors.


Dans un contexte où les enjeux environnementaux sont au coeur de l’intérêt des citoyens, où l’on s’interroge sur les modes de production et de consommation, le design devient-il plus « responsable » ? Comment sont appréhendés les notions d’éco-conception et d’économie circulaire et les matériaux durables par les designers et/ou les entreprises ? 

Le design est le résultat d’une activité humaine non scientifique : il n’y a pas un résultat garanti, et pire encore, il peut se tromper. Comme toute activité industrielle, scientifique, commerciale, politique ou autre : le risque existe. Sauf que le bon design est un travail de médiation entre les individus et le monde matériel, pensé dans un mode projet collaboratif. A cet endroit, le design est une démarche absolument nécessaire pour une société qui doit repenser simultanément sa relation à la technique et à l’environnement en tenant compte de ses capacités opérationnelles. L’écoconception et l’économie circulaire, mais aussi l’économie sociale et solidaire, ou toute autre forme de pensée systémique sont des outils nécessaires à l’élaboration du projet. Le travail du designer consiste à convoquer à bon escient ces composantes au moment de l’élaboration du projet, lui-même gardant un œil sur les contraintes liées à la conception.

Selon vous, quelles seront les nouvelles tendances en matière de design produit ?

Les designers intégrés dans les entreprises sont à la pointe des enjeux de la profession : ils ont une vision de l’intérieur de l’entreprise et vivent très fortement les contraintes industrielles d’une part et les injonctions au changement d’autre part. Les responsabilités environnementales mettent à mal les organisations existantes et les processus industriels. Il est probable que dans ce contexte le rôle des designers augmente, avec une présence dans les rouages organisationnels des entreprises, pour accompagner les changements radicaux qui vont s’opérer dans certains domaines. En particulier sous les influences conjointes du changement climatique et des nouvelles technologies : deux bouleversements majeurs pour nos sociétés.

Pouvez-vous nous parler de projets marquants et inspirants qui ont fait référence (tous matériaux confondus) ?

Lors d’un échange avec un designer de la R&D de chez Salomon à propos de vêtements en matériaux respirant, celui-ci s’est intéressé à la façon dont les indiens d’Amérique avaient pensé leurs vêtements de chasse. Il observait judicieusement que ces vêtements de peau étaient très performants pour ventiler les corps lorsque ceux-ci couraient, en dégageant des ouvertures de ventilation entaillées en triangle dans la peau, lors des mouvements amples. Cette observation lui a servi pour simplifier une proposition de développement. Cet exemple illustre parfaitement que le design est un processus de composition de plusieurs enjeux techniques, historiques et culturels ensembles : il pioche dans des références multiples en un aller-retour fertile entre imaginaires techniques et observations des environnements et des pratiques.