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En 2021, Allizé-Plasturgie devient en savoir plus
La formation professionnelle évolution ou révolution ?

18 novembre 2020

La formation professionnelle évolution ou révolution ?

La formation connait un grand chambardement. Les besoins des entreprises évoluent, les modalités de formation se réinventent, les financements changent, le modèle économique des centres de formation se métamorphose radicalement. Rencontre avec Aurélie Bruder, responsable de la formation professionnelle à la Fédération de la plasturgie et des composites.

Aurélie, dans un premier temps, pouvez-vous vous présenter et résumer vos principales missions ?

Issue d’un Master 2 en droit social, cela fait un peu plus de 10 ans que je travaille pour le compte d’organisations professionnelles patronales en tant que responsable droit social et formation professionnelle.
Au sein de la Fédération de la Plasturgie et des Composites, je suis responsable de la formation professionnelle. J’ai pour mission d’assurer la politique de développement de la Fédération dans le domaine de la formation, cela passe notamment par l’identification des besoins quantitatifs et qualitatifs des entreprises, le suivi des outils (diplômes, pédagogies, certifications, …) mis en place et les propositions d’évolution, d’adaptation, les relations avec les pouvoirs publics, les actions d’attractivité de la branche, en particulier auprès des jeunes, pour promouvoir les métiers et les formations ou encore, la représentation de la branche dans les diverses instances internes (Commission formation, CNPE, Observatoire, Opco, …) ou externes (Medef, CPME, CPC Education Nationale).

La fédération a réalisé une étude qui avait pour objectif d’analyser les freins à la formation rencontrés par les entreprises, de benchmarker les solutions d’innovation pédagogiques et d’apporter des préconisations sur les solutions les plus adaptées. Quelles sont les grandes tendances qui se dégagent ?

Le principal constat que nous pouvons faire c’est que nous avons beaucoup de travail en matière d’innovation pédagogique. Il va falloir avant tout sensibiliser les salariés, les entreprises, sur les possibilités à leur disposition et par là même appuyer l’intégration de l’existant dans les entreprises.

Les organismes de formation, avaient déjà engagé des travaux qui se sont accélérés avec la crise sanitaire dans le but de maintenir les parcours engagés ou répondre aux besoins urgents des entreprises et de leurs salariés. Des modules de formation entièrement à distance existent aujourd’hui mais il faut poursuivre ces travaux. La branche professionnelle a certainement un rôle à jouer aux côtés des organismes de formation spécialisés en plasturgie et composites. C’est un chantier sur lequel nous allons travailler dans les mois à venir.

« Nous avons beaucoup de travail en matière d'innovation pédagogique. »

Comment évoluent les besoins des entreprises en matière de formation ?

Aujourd’hui les entreprises sont en recherche de formations courtes, complètes et permettant la montée en compétences de leurs salariés. Il est nécessaire de répondre à ces attentes tout en gardant à l’esprit que pour une entreprise, notamment de petite taille, c’est toute l’organisation de la structure qui peut être chamboulée quand un collaborateur part en formation.

En quoi les formations multimodales répondent- elles à ses besoins ?

Les formations mutlimodales, notamment les formations à distance, en e-learning, ont l’avantage de pouvoir répondre à des contraintes de temps, d’être arrêtées puis reprises. Elles s’inscrivent dans un rythme de vie, sans nécessairement venir le perturber, que ce rythme soit professionnel ou personnel. De ce fait, elles répondent aux attentes des salariés qui tout en voulant se former, ne veulent pas nécessairement empiéter sur leur vie privée. Mais également aux besoins des entreprises pour qui, on le sait, faire partir un salarié en formation c’est compliqué compte tenu des impacts que cela a sur l’organisation interne.

Les Certificats de Compétences Professionnelles (CCP), expérimentés actuellement, semblent répondre à de nombreuses exigences : personnalisation, durée, coût, flexibilité. Quelques parcours «injection » existent en multimodal. Les CCP sont-ils une vraie bonne solution ?

Nous sommes au tout début du projet, dans la phase d’étude d’opportunité, afin de s’assurer que les CCP répondent réellement à des besoins, des attentes de la part des salariés et des entreprises. A l’issue de cette étude d’opportunité, la décision sera prise de poursuivre ou non sur cette voie et si oui, quels seront les parcours à mettre en place, encore une fois pour répondre aux mieux aux attentes et aux besoins des collaborateurs et des entreprises.

La Fédération a-t-elle un rôle à jouer pour aider les entreprises à intégrer de nouvelles pratiques de formation ?

Notre rôle est avant tout d’être à l’écoute des entreprises pour que ces nouvelles pratiques répondent à leurs attentes et leurs besoins. Mettre en place des choses qui ne seront pas utilisées, cela n’a pas de sens. Ensuite vient la phase d’accompagnement dans la mise en oeuvre des pratiques. Mais si les choses ont été bien pensées en amont, cette phase se passe sans encombre.

La plasturgie a toujours eu des difficultés de recrutement. Quels sont les métiers les plus recherchés dans la filière aujourd’hui ?

Les besoins en recrutement sont présents à tous les niveaux, mais on constate un réel manque dans les métiers de la production. C’est là que les difficultés sont les plus prégnantes.

486 000 apprentis en France contre 1,4 millions en Allemagne. Les entreprises allemandes sont fortement impliquées, quels que soient leur taille et leur secteur d'activité, et y recourent largement comme pré-embauche. L’apprentissage est-il une voie d’excellence selon vous ? Une solution pour le recrutement ?

L’apprentissage permet d’acquérir un métier et de l’expérimenter de manière concrète. Une personne qui sort d’une filière en apprentissage n’a pas seulement acquis des savoirs théoriques, elle a également acquis des connaissances techniques, mais aussi et parce que l’apprentissage se fait en alternance, un savoir-faire et un savoir-être au sein de l’entreprise d’accueil. C’est une chance pour l’entreprise de faire apprendre un métier, de former ses futurs collaborateurs et une chance pour l’apprenti d’avoir une proposition d’embauche dès la fin de sa formation. L’apprentissage est une réelle opportunité pour ceux qui s’y engagent, qu’ils soient apprenant ou entreprise, sans oublier le tuteur ou le maitre d’apprentissage qui transmet son savoir. La transmission du savoir est un axe majeur de notre politique de branche.

Recrutement externe, montée en compétence des salariés, apprentissage, quelle est la meilleure solution pour répondre à l’évolution des métiers ?

Il n’y a pas de solution meilleure qu’une autre. Ce qui est important c’est de choisir la solution qui répond au mieux à ses attentes et ses besoins. Pour une entreprise qui a une pyramide des âges élevée, peut-être que la voie de la transmission des savoirs et de la formation de ses futurs collaborateurs est celle à retenir. Dans un autre scénario il faut peut-être envisager la montée en compétences des salariés. Je crois que chaque entreprise doit trouver la solution qui lui correspond à l’instant T. Les besoins d’aujourd’hui ne sont pas les besoins de demain et il faut travailler à répondre aux besoins et aux attentes de l’instant tout en préparant ceux de demain. C’est la raison pour laquelle, la branche travaille pour tous les dispositifs de formation que ce soient les contrat pro, l’apprentissage, les CQP/CQPI, la création de CCP ou encore l’AFEST et les différentes modalités qu’elle peut présenter.

Est-ce que l’on pourrait résumer tout cela en une phrase : « Former ses salariés, c’est préparer l’avenir » ?

C’est un bon résumé. C’est en tout cas se donner les chances d’aborder l’avenir plus sereinement.

Aurélie, plusieurs centaines de chefs d’entreprise lisent le Plastilien, souhaitez-vous leur transmettre un message ?

Le contexte sanitaire que nous connaissons depuis plusieurs mois, pose beaucoup de questions sur comment vont se passer les mois à venir. Cela vient s’ajouter à des situations économiques parfois compliquées dans certains secteurs d’activité. Nous essayons d’accompagner au mieux les entreprises dans cette période si particulière. Il ne faut donc pas hésiter à s’informer sur les aides disponibles et les accompagnements possibles, afin de voir l’avenir sous un meilleur jour. Il ne faut pas hésiter à solliciter la branche, les organismes de formation et l’Opco, qui sont à la disposition des chefs d’entreprise et des salariés.

Quelques chiffres 2019

  • 841 CQP délivrés par le jury partenaire
  • 33 500 personnes ont suivi une formation (tous diplômes ou certifications confondus)