Aller au contenu principal

30 novembre 2018

Innover, l'ambition de Plastigray pour appréhender les défis de demain

Depuis 2009, Emmanuel Gauss est le dirigeant de Plastigray, une société portée depuis ses débuts par 3 grandes valeurs que sont l’innovation, l’engagement auprès des clients et la qualité humaine et professionnelle des équipes. Nous l’avons interviewé en compagnie de Thierry Savin, ingénieur Recherche & Développement chez Plastigray, à propos de la raquette Softbat conçue à partir de matière recyclée. Ce produit phare a été développé avec deux partenaires de renom : Armor Lux et Cornilleau, et est actuellement exposé au siège d’Allizé-Plasturgie, dans le cadre de notre exposition « Matières précieuse ». Notre entretien a également été l’occasion de parler d’économie circulaire, et d’évoquer les enjeux de demain pour la filière Plasturgie et composites.

Présentez-nous Plastigray en quelques mots

Emmanuel Gauss

La société a été créée en 1986 par Jean-Robert Bouvier, et est spécialisée dans la transformation des matières plastiques, ainsi que dans la conception et la fabrication de pièces plastiques. L’entreprise travaille pour de nombreux secteurs tels que l’automobile, la domotique, l’industrie ainsi que le secteur de la santé et du médical. Nous sommes une entreprise à taille humaine, qui comptabilise 350 collaborateurs, répartis sur trois sites en Bourgogne, Bretagne et Tunisie. Au quotidien, nous nous appuyons sur le professionnalisme et l’expertise de nos équipes pour servir notre ambition de toujours, l’innovation !

Pour ceux qui ne connaissent pas le produit, pouvez-vous nous rappeler les spécificités de la raquette Softbat ?

Thierry Savin

La raquette de ping-pong Softbat est composé à 60% de matières recyclées, principalement des fibres textiles usagées. Il s’agit de tissus en coton et polyester issus des chutes de production ou de vêtements hors d'usage d'Armor Lux, qui sont découpés et broyés avant d'être transformés en granulés prêts à être injectés. Le reste de la raquette est constitué d’un élastomère venant former la surface de contact extérieure. Le produit est fabriqué grâce à un process d’injection bi-matière permettant ainsi d’obtenir la première raquette de tennis de table biosourcée et made in France ! Pour arriver à ce résultat, nous avons travaillé pendant plusieurs années avec deux autres industriels, les sociétés Armor Lux et Cornilleau. Nous avions tous nos propres attentes quant au projet mais celles-ci ont su s’accorder afin de développer la raquette Softbat que nous connaissons.

Expliquez-nous d’où est parti le projet et comment avez-vous rencontré vos partenaires ?

Thierry Savin

Le point de départ de cette belle aventure se situe en 2014, avec le lancement du projet Eco-Charges par Techtera, un projet de valorisation des textiles usagés. L’objectif affiché était de développer des solutions permettant de donner une seconde vie aux fibres textiles. A l’époque nous avions déjà pas mal travaillé sur le sujet avec notamment des recherches autour de l’intégration de fibres naturelles dans des matières plastiques. Notre rencontre avec Armor Lux ce jour-là a été décisive, nos échanges ont été suffisamment intéressants et prometteurs pour nous convaincre de relever le défi. Lors de notre premier entretien, nous avons rapidement capter le potentiel que représentait Armor Lux. La société avait la capacité de nous approvisionner suffisamment en fibres textiles usagées, nous permettant ainsi de ne travailler qu’avec un seul fournisseur. Au-delà de leur potentiel, si notre collaboration avec Armor Lux était une évidence, c’est avant tout pour leur bonne traçabilité de de leurs matières dont ils connaissent la provenance exacte. Notre second partenaire, la société Cornilleau, a intégré le projet seulement vers la fin, lorsque nous avions déjà développé la matière. L’entreprise a d’abord pris contact avec nous afin de développer une raquette de ping-pong à prix attractif, qui soit conçue à partir de matière chargée fibre de verre. Après quelques échanges, nous leur avons proposé notre nouvelle matière conçue à partir de fibres textiles usagés, car elle nous semblait complétement adaptée à la demande. Ils ont été immédiatement convaincus, autant par les caractéristiques de la matière proposée que par l’intérêt marketing d’un tel choix. En bref, nous avons tous trois intégré le projet avec des attentes initiales qui nous étaient propres mais nous avions malgré tout un objectif commun, celui de développer un produit éco-conçu tout en prenant en compte l’impact sur notre environnement lors du process de fabrication.

Pour Plastigray, que représente le projet en termes de temps et d’investissement ?

Thierry Savin

La conception de la raquette Softbat nous a demandé 3 ans de recherches, l’élaboration d’environ 70 formulations dont une dizaine ont pu être testées en phase d’industrialisation. Cette phase de recherche prend du temps mais a été nécessaire pour analyser les différentes réactions de la matière lors du process d’injection. Emmanuel Gauss Il est également important de souligner que durant ces 3 années l’entreprise à continuer de mener son activité principale, en parallèle de nos travaux de recherches. Le projet a ainsi été réalisé avec des équipes réduites et en auto-financement, à hauteur de nos moyens. C’était donc un vrai pari pour nous de nous lancer sur la phase d’industrialisation de ce projet ! Tester notre matière en industrialisation a soulevé beaucoup d’incertitudes, mais cette étape était nécessaire pour obtenir des résultats concrets. Nous ne regrettons pas ce pari, ce projet est une belle réussite. Les innovations technologiques mises à part, nous sommes également ravis de nos rencontres avec les équipes Armor Lux et Cornilleau, car elles nous ont permis d’ouvrir notre champ des possibles.

Effectivement c’était un beau défi, mais pourquoi avez-vous fait le choix de vous lancer dans le domaine des matières recyclées ?

Emmanuel Gauss

Travailler sur les matières recyclées était un choix stratégique. A la fois car c’est une demande de nos clients, mais également car nous avons conscience que l’avenir de la filière ne pourra pas s’écrire sans une prise en compte de notre environnement et des questions d’économie circulaire. Ainsi, nous souhaitons prendre les devants, et réfléchir dès aujourd’hui à la formulation des matières de demain. En ce sens, nous travaillons actuellement avec notre partenaire Armor Lux sur le développement de solutions permettant d’optimiser le recyclage des vêtements, notamment en matière de composition des textiles.

Thierry Savin

Je dirais également que l’innovation a toujours été au cœur de nos préoccupations. Ce projet nous a tout de même permis de développer une matière ainsi qu’un process d’industrialisation exigeant mais innovant, à partir d’une technologie de moule rotatif multi-étage. Nous avons ainsi renforcé notre expertise et pouvons désormais proposer à nos clients des solutions plus respectueuses de notre environnement, avec des coûts de production équivalents. Les gains obtenus ne nous concernent pas seulement nous, industriels, mais bénéficient également à la préservation de notre environnement. En effet, lors de la fabrication de notre raquette Softbat nous avons réussi à diviser le temps de cycle par 2 et à réduire de 30% l’énergie consommée. Un gain concret sur notre empreinte carbone lors de la production, que nous valorisons auprès du public afin de participer à la sensibilisation sur ces grands enjeux. Vous semblez déjà sensibles à la question de l’économie circulaire.

Que pensez-vous du positionnement de la Fédération de la Plasturgie, à la suite de la publication de la feuille de route par l’état ?

Emmanuel Gauss

Nous n’envisageons pas la défense de notre profession, sans la mise en place de démarches d’Innovation. L’innovation est, et a toujours été, l’un des leitmotivs de l’entreprise Plastigray, car il nous semble important de savoir remettre en cause l’existant. Ainsi, nous pensons qu’il est nécessaire que les nouvelles alternatives matières et process développées, soient mieux valorisées. On a besoin d’impulser une dynamique, de démontrer que les industriels sont prêts à se lancer dans des projets prospectifs.

Maintenant que la raquette est commercialisée, avez-vous d’autres projets à venir intégrant des matières recyclées ?

Thierry Savin

Nous allons nous appuyer sur l’expertise acquise tout au long du projet Softbat, afin de proposer notre nouvelle matière pour d’autres applications. En effet, nous voulons commercialiser cette matière pour d’autres projets, et nous pouvons compter sur le soutien d’Armor Lux qui nous accompagne jusqu’en rendez-vous client pour soutenir notre démarche et valoriser leurs fibres recyclées. Emmanuel Gauss La suite pour nous, c’est également la récompense qu’a reçue notre équipe pour leur travail acharné sur le projet de raquette Softbat. En effet, dans le cadre de la 3ème édition des Trophées Eco-Innovez, organisée par l’Agence Economique Régionale de Bourgogne Franche Comté, nous avons reçu cette année un prix dans la catégorie « Produit éco-innovant ». Ce concours, organisé tous les deux ans, sensibilise les entreprises et les laboratoires de recherche à l’éco-innovation et l’éco-conception. L’occasion de montrer que l’éco-innovation est une démarche accessible à tous, réalisable et réaliste car valorisable et rentable économiquement.